L'interprétation est édentée et lacunaire
Dans son programme de politique commerciale, le gouvernement fédéral a convenu fin juin de ratifier l’accord commercial entre l’UE et le Canada (AECG) dans les meilleurs délais, à une condition: Une déclaration interprétative doit au préalable garantir que la protection des investissements est limitée et que son «application abusive» est évitée. Selon le gouvernement fédéral, les recours contre la protection du climat ne devraient plus être possibles.
Une étude récente menée par des juristes Alessandra Arcuri et Federica Violi réalisée par l'Université de Rotterdam pour le compte de PowerShift, montre: Le projet du gouvernement fédéral est voué à l'échec. La déclaration interprétative de l’AECG n’empêcherait pas les actions en justice contre les mesures de lutte contre le changement climatique ou contre d’autres mesures nécessaires pour faire face à la crise écologique.
En effet: D'une part, la déclaration ne va pas assez loin. Elle n'aborde explicitement que les mesures de protection du climat et omet de mentionner les mesures relatives à d'autres problèmes urgents tels que la protection des eaux ou les pesticides. D’autre part, Elle contient de nombreux termes très indéterminés.. Par exemple, l’action pour le climat peut toujours être considérée comme une «expropriation indirecte» si ses effets semblent «totalement disproportionnés» et «manifestement inappropriés». C'est aux arbitres du tribunal arbitral de l'AECG qu'il incombe de décider quelles mesures s'appliquent, ce qui leur laisse une très grande marge d'interprétation. Des exemples tirés de l’histoire de l’arbitrage en matière d’investissements montrent que les normes juridiques en matière de protection des investissements sont appliquées et interprétées de manière très différente. Ainsi, dans l’affaire Rockhopper contre Italie, un tribunal arbitral a récemment jugé que le non-octroi d’une autorisation pour un projet d’exploitation pétrolière envisagé équivalait à une expropriation de l’investisseur. Le tribunal arbitral a accordé 250 millions de dollars d'indemnisation à Rockhopper. La base juridique était le traité sur la Charte de l'énergie. Malgré la déclaration interprétative, il ne peut être exclu que le tribunal arbitral de l’AECG rende un jugement similaire à l’avenir. En outre, l’adoption d’une déclaration d’interprétation contraignante ne signifie pas nécessairement que les tribunaux arbitraux l’appliquent de manière cohérente. Ainsi, dans le cadre de l’ALE nord-américain, un instrument interprétatif similaire a été contesté dans le cadre de plusieurs procédures d’arbitrage.
De plus, la déclaration interprétative ne change rien aux problèmes structurels et fondamentaux de la protection des investissements de l'AECG.: Elle continue de s’appliquer à tous les investissements, et pas seulement aux investissements durables, elle ne contient que des droits, mais pas d’obligations pour les groupes d’entreprises, et elle n’impose pas non plus d’épuiser d’abord les voies de recours nationales.
Par conséquent, la seule façon d’exclure complètement le risque de poursuites liées au climat dans le cadre de l’AECG est de supprimer la protection des investissements de l’accord. Cet objectif pourrait être atteint au moyen d’une modification du traité, d’un accord de mise en œuvre ou d’un protocole d’application, sans créer de nouvelles obligations ni porter atteinte aux autres parties de l’accord. Le Canada pourrait être ouvert à une telle proposition, étant donné qu’il applique déjà des normes de protection des investissements plus avancées que l’AECG.







