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Étude de cas: Évaluation de l’AECG de l’incidence des politiques et accords commerciaux sur le climat

Raffinerie de pétrole de sable de goudron dans le nord de l'Alberta, Canada

Le texte suivant est basé sur la version anglaise de ce site (https://power-shift.de/campaign/ceta-climate-impact-report/). Un outil de traduction a été utilisé pour la traduction, aucune modification rédactionnelle n'a eu lieu. En cas de doute, veuillez consulter la page en anglais, ce texte est uniquement destiné à aider ceux qui préfèrent lire un texte allemand.

Introduction

À une époque marquée par des tensions géopolitiques croissantes et la nécessité urgente de lutter contre le changement climatique, l’interface entre le commerce et l’environnement est devenue une priorité essentielle pour les chercheurs, les décideurs politiques et les défenseurs de l’environnement. En particulier, la crise climatique a suscité un regain d’intérêt pour les accords commerciaux, étant donné qu’ils peuvent avoir une incidence significative sur les émissions de gaz à effet de serre en augmentant le commerce international de biens et de services souvent à forte intensité d’émissions. L’accord économique et commercial global (AECG) entre l’Union européenne (UE) et le Canada en est un exemple. D’autre part, les accords commerciaux, s’ils sont bien conçus, pourraient plutôt favoriser l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à celui-ci au niveau mondial, ainsi que la décarbonation des chaînes d’approvisionnement mondiales.

L’AECG est un exemple remarquable d’accord commercial moderne ayant de profondes répercussions sur le changement climatique et l’environnement. L’AECG, qui est entré en vigueur à titre provisoire le 21 septembre 2017, est l’un des accords commerciaux les plus complets et les plus complets au monde. L’accord vise non seulement à supprimer de nombreux obstacles au commerce des produits à forte intensité énergétique, mais il a également une incidence sur divers aspects de la politique environnementale et suscite de plus en plus d’inquiétudes quant à son incidence sur le réchauffement climatique.

L’UE joue un rôle essentiel dans la transition vers des échanges commerciaux plus respectueux de l’environnement dans un monde «zéro net». Cela est dû à son importance en tant que puissance commerciale et à ses objectifs climatiques ambitieux, tels qu’ils sont énoncés dans le pacte vert pour l’Europe. Les institutions européennes influencent également le discours mondial sur l'impact environnemental des accords commerciaux internationaux. Par exemple, au début du processus de ratification de l’AECG, la Commission européenne et le Conseil ont promu l’accord en tant que «l’accord commercial le plus avancé jamais conclu par l’UE», qui, selon eux, comprendrait «certains des engagements les plus forts» en matière de protection de l’environnement et de changement climatique.1https://www.consilium.europa.eu/media/50387/factsheet_eu_canada_2021-05.pdf https://trade.ec.europa.eu/access-to-markets/en/country-assets/tradoc_156061.pdf Toutefois, de nombreux experts, chercheurs et groupes de la société civile se sont montrés plus critiques à l’égard des avantages environnementaux de l’accord, notamment en ce qui concerne son incidence sur le climat et la biodiversité.2https://www.gouvernement.fr/rapport/9467-remise-du-rapport-de-la-commission-d-evaluation-de-l-impact-du-ceta; https://www.foodwatch.org/fileadmin/foodwatch_international/campaigns/CETA/France_experts_Report_CETA_impact_on_environment_climate_health_2017_ENGLISH.pdf; https://www.transportenvironment.org/discover/ceta-and-environment-gold-standard-planet-or-big-business Compte tenu des points de vue très divergents sur l’incidence de l’accord sur le climat et du processus de ratification en cours dans l’UE, l’AECG constitue une excellente étude de cas sur la manière dont les accords commerciaux, en particulier ceux auxquels participent des partenaires ayant des engagements environnementaux forts, influent réellement sur les résultats en matière de climat.

La présente étude examine donc le lien multidimensionnel entre l’accord commercial UE-Canada et le changement climatique. En examinant les dispositions et les mécanismes de l’AECG, ainsi que les flux commerciaux réels entre l’UE et le Canada, l’analyse présentée ici vise à fournir des informations sur l’incidence potentielle des accords commerciaux sur le réchauffement climatique. L'étude fournit également une compréhension plus approfondie des mécanismes contenus dans un tel accord commercial et de leur impact potentiel sur les flux commerciaux ayant une incidence sur l'environnement. En outre, l’analyse vise à aider les parties prenantes à identifier les clauses qui doivent être modifiées pour que l’accord contribue effectivement au commerce «zéro net». Il est donc également conçu comme un outil pour aider les décideurs politiques à redéfinir la politique commerciale et à promouvoir les objectifs climatiques de l’UE.

Dans les pages qui suivent, nous examinons les flux commerciaux avant et après la mise en œuvre de l’AECG, les dispositions de l’accord relatives à l’environnement et au climat, les éléments clés et les institutions, ainsi que les multiples défis que l’accord pose pour un commerce plus respectueux de l’environnement. Nous analyserons les compromis possibles entre les engagements en matière d'accès au marché et les objectifs environnementaux de l'UE et évaluerons si l'AECG est conforme à l'objectif global de lutte contre le réchauffement climatique. Nous espérons que cette analyse contribuera au débat en cours sur le rôle du commerce dans la réalisation d’une économie neutre pour le climat dans un monde «zéro net».

méthodologie

Dans le monde globalisé d'aujourd'hui, les accords commerciaux jouent un rôle central dans l'organisation des relations économiques entre les nations. Néanmoins, ces accords ne sont pas des documents statiques. Au contraire, elles évoluent et s’adaptent au fil du temps, ce qui a une incidence considérable sur les économies, les sociétés et les écosystèmes des pays signataires. L’évaluation et la compréhension de ces incidences sont essentielles pour les décideurs politiques, les parties prenantes et le grand public. Toutefois, l’évaluation de l’impact ex post d’un accord commercial nécessite une méthodologie spécifique qui: doit être adaptée aux objectifs spécifiques de l'évaluation.

L'objectif principal de notre étude est d'évaluer l'impact climatique de l'AECG depuis son application provisoire en septembre 2017. À cet égard, notre approche est plus ciblée que d’autres évaluations ex post des accords commerciaux, en particulier celles de la Commission européenne. 3For an overview of the EU’s ex-post evaluations undertaken so far see: https://policy.trade.ec.europa.eu/analysis-and-assessment/ex-post-evaluations_en   Les évaluations ex post de l’UE sont l’un des quatre outils d’évaluation utilisés par la Commission tout au long du cycle de vie d’un accord commercial (voir encadré 1).

Encadré 1
Instruments de l’UE pour l’évaluation des accords commerciaux 4Adapté de: Thomas Dauphin et Mathilde Dupré: The European Commision’s Trade Sustainability Impact Assessments: A Critical Review, Veblen Institute/Greenpeace, Paris/Hambourg, mai 2022: https://www.veblen-institute.org/The-European-Commission-s-Trade-Sustainability-Impact-Assessments-a-critical.html
phase Instrument
Préparation Analyse d'impact
négociations Évaluation de l’impact sur le développement durable (EID)
Signature/conclusion Évaluation économique du résultat des négociations
Mise en œuvre Évaluation ex post

 

Les évaluations ex post de la Commission sont des évaluations fondées sur des données probantes de la mesure dans laquelle un accord a effectivement atteint ses objectifs. Les services de la Commission préparent généralement les évaluations ex post et peuvent également recourir à des travaux confiés à des prestataires de services externes. L’évaluation officielle ex post de l’AECG est prévue pour 2024.

L’une des dernières évaluations ex post publiées par la Commission concerne la zone de libre-échange approfondi et complet avec la Géorgie, publiée en septembre 2023. Le rapport final de l’évaluation de la zone de libre-échange approfondi et complet montre certaines des limites de l’approche de l’UE . Lors de l’évaluation d’un éventail assez large de questions, y compris les incidences économiques, réglementaires, commerciales, du travail et environnementales, aucune attention particulière n’est accordée aux résultats climatiques. Sur 110 pages, seules trois traitent de l'impact de l'accord sur le climat. Cette évaluation se fonde principalement sur les résultats hautement agrégés d’un modèle économétrique qui ne couvre qu’un nombre limité d’émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à l’énergie. 5Ex post evaluation of the Trade Agreement between the European Union and Georgia, septembre 2023. https://circabc.europa.eu/ui/group/09242a36-a438-40fd-a7af-fe32e36cbd0e/library/207a8045-ab42-43dc-a2e2-af0b4ae5b73c?p=1&n=10&sort=modified_DESC Accessed: 16.10.2023.

Un autre inconvénient de l’approche de la Commission concerne l’objectif général de l’accord commercial, dont la mise en œuvre est examinée: l'augmentation du commerce bilatéral. Comme la Commission le constate sans ambages: «L’accord économique et commercial global (AECG) est un accord commercial entre l’UE et le Canada. L’objectif est de stimuler les échanges et de contribuer à la croissance et à la création d’emplois.» 6Commission européenne: CETA chapter by chapter: https://policy.trade.ec.europa.eu/eu-trade-relationships-country-and-region/countries-and-regions/canada/eu-canada-agreement/ceta-chapter-chapter_en En revanche, la principale question de recherche de notre évaluation ex post porte sur la contribution de l’accord à l’objectif d’une économie mondiale «zéro net» et non sur la stimulation du commerce bilatéral. Ce qui est inquiétant, c’est que l’approche de l’UE en matière d’évaluations ex post est beaucoup trop limitée pour fournir un aperçu approprié des effets sur le climat de la mise en œuvre d’un accord commercial tel que l’AECG . Une autre approche, entièrement centrée sur la crise climatique, est nécessaire.

La méthodologie utilisée pour notre évaluation ex post de la mise en œuvre de l’AECG repose sur quatre piliers:

  1. Analyse des Variations du commerce de marchandises avec Mettre l'accent sur les impacts élevés matières premières (combustibles fossiles, matières premières, produits industriels à forte intensité d’émissions, matières premières à risque forestier);
  2. Analyse des Règles, institutions et décisions qui régissent la politique climatique réglementer l'accord commercial;
  3. Analyse des Travaux des organes et dialogues de l’AECG , qui ont une forte influence sur le climat;
  4. Estimations de l’incidence de l’AECG: Dispositions relatives aux investissements sur les flux, les stocks et la protection des investissements.

L'analyse des quatre piliers de notre méthodologie a été réalisée à l'aide d'une lentille climatique spécifique.

Les premier pilier fournit des données de base reflétant l’évolution des échanges de marchandises entre l’UE et le Canada depuis le lancement de l’AECG. L’objectif principal de ce pilier est d’identifier les marchandises qui ont une forte incidence sur le climat, y compris celles qui étaient déjà exemptes de droits de douane au moment de l’entrée en vigueur de l’AECG . La raison de cette approche est qu’un accord commercial véritablement vert doit inclure des mesures ciblées qui atténuent les risques de tous les biens à forte intensité d’émissions, indépendamment des réductions tarifaires spécifiques ou des fluctuations des flux commerciaux. En outre, l’analyse comprend également une évaluation du rôle plutôt modeste des «biens verts» soutenus dans le cadre de l’AECG .

Les deuxième pilier examine plus en détail les règles, les institutions et les décisions qui régissent la politique climatique de l’AECG. Il fournit Analyse des chapitres de l’AECG sur le développement durable et l’environnement, du programme de travail du comité du développement durable, des groupes consultatifs nationaux et de la déclaration interprétative de la Commission visant à renforcer les dispositions plutôt faibles de l’AECG en matière de climat.

Les Le troisième pilier consiste en une analyse des comités et dialogues créés par l’AECG, dont les décisions sont susceptibles d’influencer les effets de l’accord sur le climat. Les comités et les dialogues reflètent la nature de l’AECG en tant qu’accord commercial de «nouvelle génération», qui met l’accent non seulement sur la réduction des droits de douane, mais aussi sur la suppression des mesures non tarifaires telles que les normes techniques ou la législation environnementale. Les décisions relatives à ce type de mesures, y compris les modifications de l’accord lui-même, peuvent être prises par des comités composés de représentants de l’UE et du Canada et axés sur des domaines tels que les produits, l’agriculture ou les mesures sanitaires et phytosanitaires. Ces décisions peuvent également être préparées dans le cadre de dialogues bilatéraux sur des sujets tels que la coopération réglementaire, les matières premières ou les produits forestiers. Les travaux en cours des comités et dialogues que nous évaluons dans le cadre de ce pilier sont un exemple important de la raison pour laquelle l’AECG est décrit comme un «accord vivant» en constante évolution.

Enfin, elle examine quatrième pilier de notre méthodologie, les dispositions de l’AECG en matière d’investissements, dont une partie – la protection des investissements – ne sera appliquée qu’une fois que le traité aura été ratifié dans tous les États membres de l’UE. Toutefois, des engagements de libéralisation ont déjà été pris en septembre 2017. qui visent à stimuler les flux bilatéraux d'investissements et, partant, à accroître les stocks d'investissements. Notre analyse fournit donc des données sur les flux et les stocks d'investissements de l'UE au Canada, ainsi qu'une évaluation de l'impact possible du différend entre investisseurs et États sur le climat.

Image de machines d'extraction à ciel ouvert

Excavatrice à charbon à aubes au travail. Photo : Albert Hyseni / Unsplash.com

Notre méthodologie à quatre niveaux fournit un cadre structuré pour évaluer les résultats climatiques de la mise en œuvre de l'AECG. Il tient compte de l’interaction spécifique entre les règles du traité, les mécanismes institutionnels, les règles gouvernementales et les décisions des opérateurs économiques concernant les flux commerciaux et d’investissement entre l’UE et le Canada.

Notre méthodologie va au-delà des analyses d’impact traditionnelles, qui reposent généralement sur les changements présumés des flux commerciaux résultant de la réduction des droits de douane et des mesures non tarifaires. Contrairement à ces évaluations, nous prenons les relations commerciales et d'investissement réelles comme point de départ pour identifier toutes les relations commerciales préjudiciables qui nécessitent un traitement spécial pour atténuer l'impact climatique de chaque accord commercial. Cette analyse est complétée par une évaluation des décisions concrètes prises dans le cadre des mécanismes institutionnels mis en place dans le cadre de l'accord.

Sur cette base, il est possible d’élaborer des mesures d’atténuation ciblées qui: Améliorer les processus de production et éliminer progressivement le commerce de marchandises particulièrement nocives. Notre méthodologie vise donc à renforcer les décideurs politiques, la société civile et le grand public en fournissant un outil pratique pour soutenir l’amélioration des accords commerciaux déjà en vigueur. Nous continuerons à affiner la méthodologie utilisée ici et nous prévoyons de l'appliquer à d'autres accords commerciaux à l'avenir.

Échanges de marchandises entre l'UE et le Canada

L’objectif principal de ce chapitre est de fournir certaines données de base sur l’évolution des échanges de biens entre l’UE et le Canada, en mettant particulièrement l’accent sur les biens qui ont une forte incidence sur la durabilité et le changement climatique. À cet égard, il est important de noter que, bien que l’AECG ait été appliqué à titre provisoire depuis septembre 2017, cela n’implique pas nécessairement un lien de causalité entre l’accord commercial et les fluctuations des flux commerciaux décrites ci-dessus.

Les données présentées ici devraient plutôt être considérées comme faisant partie d’une enquête exploratoire visant à identifier les biens ayant des incidences notables sur le climat qui nécessiteraient un traitement spécial dans un accord commercial véritablement respectueux de l’environnement. Ce traitement devrait être appliqué indépendamment du niveau des réductions tarifaires convenues ou des fluctuations spécifiques des flux commerciaux.

Une autre remarque concerne l'approche de notre exercice de cadrage. Les analyses d'impact officielles tentent généralement de mesurer et d'évaluer les changements présumés des flux commerciaux dus aux réductions tarifaires. Cependant, contrairement à ces estimations officielles, nous prenons également en compte les produits pour lesquels l'AECG ne prévoit pas de nouveaux engagements en matière d'accès au marché ou de réduction des droits de douane. C’est le cas, par exemple, des produits qui étaient déjà en grande partie exempts de droits de douane dans l’UE avant l’AECG , tels que le minerai de fer, le charbon, le pétrole brut, le soja, le colza et de nombreux produits du bois.

Le commerce de tous ces biens a de graves répercussions sur le changement climatique, tant du point de vue de la production que de la consommation. Les exclure de l’évaluation de l’incidence de l’AECG sur le climat donnerait donc une image fortement déformée d’un accord présenté comme une avancée majeure vers un commerce respectueux de l’environnement et durable.

Cela illustre à son tour les critères qui, à notre avis, devraient être utilisés lors de l'évaluation d'un accord commercial progressiste. L’un des principaux objectifs d’un accord commercial véritablement durable devrait être d’identifier les produits les plus nocifs dans le commerce bilatéral des parties et de convenir de mesures concrètes pour éliminer les risques environnementaux qu’ils présentent. Ces mesures d’atténuation peuvent prendre différentes formes, notamment l’amélioration des méthodes de production ou la réduction et l’arrêt du commerce de produits particulièrement nocifs. Ces mesures peuvent également être complétées par des engagements en matière d'assistance technique et financière et de transfert de technologie et de savoir-faire, si les parties l'estiment nécessaire.

Nous expliquons ci-dessous pourquoi nous considérons le critère suivant comme le critère le plus important pour notre évaluation: Dans quelle mesure l'AECG contribue-t-il réellement à éliminer les pressions que le commerce UE-Canada fait peser sur l'environnement et le climat? Dans les sections suivantes, nous espérons répondre à cette question en compilant et en analysant des données de base sur les flux commerciaux entre l'UE et le Canada.

Évolution des échanges de biens – tableau général

Au cours des deux premières années qui ont suivi l’application provisoire de l’AECG, les échanges de marchandises de l’UE avec le Canada n’ont cessé d’augmenter. Toutefois, en 2020, les effets de la pandémie de COVID-19 ont entraîné une baisse significative des échanges bilatéraux. Cette chute a toutefois été suivie d'une forte reprise au cours des deux dernières années. Sur l’ensemble de la période de référence, l’UE a enregistré un excédent commercial considérable avec le Canada (graphique 1).

Graphique - Figure 1

La composition des échanges bilatéraux entre l'UE et le Canada présente un certain déséquilibre. Alors que les exportations de l’UE sont principalement dominées par des produits industriels tels que les machines, les voitures et les produits chimiques, les exportations canadiennes vers l’UE représentent une part nettement plus importante des matières premières et de l’énergie. Dans l’ensemble, la part de l’industrie manufacturière dans le portefeuille d’exportation du Canada est nettement inférieure à celle de l’UE (graphique 2).

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Cette vue d'ensemble plus complète de la composition du commerce UE-Canada fournit déjà quelques indications sur les secteurs à étudier pour évaluer les effets de l'AECG sur le climat. Dans le cas de l'UE, il est évident qu'il convient d'accorder une attention particulière à l'industrie manufacturière et à ses émissions de gaz à effet de serre.

Dans le cas du Canada, outre les secteurs des matières premières et de l’énergie, il convient de tenir compte de l’incidence de l’industrie manufacturière sur le climat. Enfin, dans les deux cas, le secteur agroalimentaire ne doit pas être négligé, même s'il accuse un certain retard dans la ventilation sectorielle des échanges bilatéraux. En effet, les deux partenaires accusent un retard dans la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre dans le secteur agricole , en particulier dans le secteur de l’élevage .

Une compilation des 10 meilleurs produits échangés entre l’UE et le Canada en 2022 offre un une vue d'ensemble plus détaillée. Produits chimiques (Pharmaciques, connexions) et l'industrie automobile (voitures, moteurs) figurent parmi les principaux produits du portefeuille commercial de l'UE (graphique 3). Pour le Canada, les matières premières et les combustibles fossiles, tels que le minerai de fer, le pétrole brut et le charbon, figurent parmi les biens les plus échangés (graphique 4). Les 10 premières listes de partenaires montrent également un échange important de combustibles fossiles. Le Canada fournit du pétrole brut à l’Europe, tout en important d’importantes quantités de pétrole raffiné (produits tels que l’essence) en provenance de l’UE . D'autres produits importants et potentiellement nocifs pour le climat dans le commerce bilatéral sont, entre autres, les avions, les engrais et les oléagineux. En ce qui concerne ce dernier point, le Canada est un important fournisseur de colza et de soja pour l'UE .

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Importations de minerai de fer en provenance du Canada

Le Canada est un important fournisseur de matières premières pour la sidérurgie européenne. L'une des plus grandes consommatrices d'énergie et d'émissions Branches de l'industrie manufacturière. Le pays exporte, entre autres, de grandes quantités de minerai de fer, élément indispensable de la production de fer et d'acier.

Toutefois, étant donné qu’aucun droit de douane n’est déjà appliqué au minerai de fer dans l’UE, cela a été largement ignoré lors de l’évaluation de l’AECG. Compte tenu des graves incidences environnementales de l’extraction du minerai de fer, telles que la pollution de l’air et de l’eau, la perte de biodiversité et le changement d’affectation des sols, –, les émissions de carbone et de nombreuses avoir un impact négatif sur la communauté locale; il s’agit d’une omission importante. Au Canada, la production de minerai de fer fait régulièrement l'objet de conflits, comme dans le cas de la mine Mary River, dont la société ArcelorMittal, basée au Luxembourg, est copropriétaire. 7https://www.theguardian.com/environment/2022/nov/17/canada-arctic-mine-expansion-rejected-protest

En termes monétaires, le volume des importations de minerai de fer de l’UE en provenance du Canada a considérablement augmenté depuis l’application provisoire de l’AECG . Au cours des deux dernières années, la valeur marchande a augmenté par rapport à période antérieure à l'accord a plus que doublé (figure 5).

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Cependant, une image légèrement différente se produit lorsque les volumes échangés sont exprimés en nombres physiques. Depuis 2017, la fluctuation des importations de minerai de fer en provenance du Canada a été moins prononcée, oscillant autour de 21 milliards de tonnes. Néanmoins, la quantité de tonnes de minerai de fer exportées du Canada chaque année depuis 2017 reste nettement plus élevée qu’entre 2010 et 2017. Une comparaison de l'évolution des volumes de transactions monétaires et physiques montre que les effets sur les prix ont joué un rôle. 

Le fait que les prix mondiaux aient effectivement influencé les valeurs monétaires que l'UE importait du Canada illustre les prix au comptant du minerai de fer. Comme on peut le voir, le prix du minerai de fer a fortement augmenté entre 2019 et 2021, avant de baisser à nouveau en 2022 (graphique 6). Toutefois, l’augmentation des volumes d’importations physiques en provenance du Canada pourrait indiquer que l’AECG a contribué à atténuer la hausse des prix sur le marché mondial, un résultat plutôt discutable du point de vue de l’environnement.

Compte tenu de l’augmentation des importations et de l’incidence environnementale globale du minerai de fer tout au long de la chaîne d’approvisionnement, y compris son extraction, son transport et sa fusion dans des hauts fourneaux, il aurait été souhaitable d’inclure dans l’AECG des mesures correctives ciblées pour remédier à ces incidences négatives . Malheureusement, cela ne s'est pas produit.

Importations de pétrole brut et de houille en provenance du Canada

Une autre source de préoccupation est le commerce des combustibles fossiles entre l'UE et le Canada. Malgré le besoin urgent d’abandonner la production et l’utilisation de combustibles fossiles, l’AECG ne contient aucune disposition à cet égard. Ce qui est inquiétant, c'est que cela a permis une croissance presque sans entrave des importations européennes de pétrole brut en provenance du Canada, qui ont connu une forte augmentation depuis l'application de l'AECG. Il est important de noter que l'augmentation des importations n'est pas seulement un phénomène monétaire, mais aussi physique. Les importations de pétrole brut ont fortement augmenté, tant en valeur qu’en volume, bien que dans une moindre mesure en 2019 et 2020, mais avec un bond important en 2022 (graphique 7).

Le fait que l'augmentation de la valeur reste légèrement supérieure à l'augmentation du volume indique que les prix du pétrole ont également joué un rôle. Les éléments de preuve montrent que le prix moyen mondial du pétrole brut a fortement augmenté en 2021 et 2022 (graphique 8).

Les effets sur les prix ont également influencé l’évolution des importations de charbon dans l’UE . Si la mise en œuvre de l’AECG s’est accompagnée d’une augmentation sensible des importations de houille de l’UE en provenance du Canada en valeur, le commerce physique a néanmoins connu une évolution légèrement différente. Alors que le commerce physique a également augmenté de manière significative au cours des deux premières années suivant la mise en œuvre par rapport aux années antérieures à l’AECG, une baisse a eu lieu en 2019 et 2020, suivie d’une nouvelle augmentation au cours des deux dernières années (graphique 9).

L’évolution du prix du charbon australien sur le marché mondial, à l’échelle mondiale, montre que les énormes importations de charbon canadien dans l’UE, exprimées en monnaie, ont effectivement été influencées par l’évolution du marché (graphique 10). La hausse des prix du charbon sur le marché mondial en 2022 a également entraîné une hausse des prix à l’importation du charbon canadien.

Compte tenu de l’urgence de la crise climatique et de la nécessité de mettre un terme complet à l’utilisation des combustibles fossiles, il est indéniable que l’ampleur des échanges de charbon entre l’UE et le Canada reste préoccupante, même si l’augmentation des échanges n’est pas aussi marquée que pour le pétrole brut.

L'évaluation de l'accord commercial UE-Canada devrait donc mettre fortement l'accent sur l'évolution du commerce du pétrole brut et du charbon, nonobstant le fait que les droits à l'importation de l'UE sur ces matières premières ont déjà été imposés. CETA ont été fixés à zéro . De cette manière, les analyses d'impact devraient également mettre en évidence l'une des principales faiblesses de l'AECG: la nécessité d'une sortie rapide de la  La production, le commerce et la consommation de combustibles fossiles ne sont pas pris en compte, voire ignorés.

Commerce bilatéral de viande bovine

Tant dans l’UE qu’au Canada, les émissions de méthane agricole restent largement non réglementées, bien que le méthane soit l’un des gaz à effet de serre les plus puissants et soit probablement responsable d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre . Étant donné que le méthane est un sous-produit naturel du processus digestif des ruminants, également appelé fermentation entérique, le secteur de l’élevage est responsable d’une part importante des émissions totales de méthane. 8https://globalnews.ca/news/8331729/cattle-beef-farming-methane-emissions; https://www.reuters.com/business/environment/eu-countries-seek-weaken-livestock-emission-limits-2023-03-16 Toutefois, au cours des dernières décennies, les deux partenaires n’ont pas réalisé de progrès significatifs dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre de leurs secteurs de l’agriculture et de l’élevage, la fermentation entérique représentant près de la moitié des émissions agricoles de l’UE et du Canada (graphiques 11 et 12).

Malgré cet échec, l'AECG ne contient pas d'engagements concrets pour faire face à la contribution de l'élevage au changement climatique. Bien au contraire: L’accord vise à accroître les échanges de viande bovine, qui est responsable de la majeure partie des émissions de méthane dans l’agriculture. Par exemple, l’UE accorde aux exportateurs canadiens deux contingents tarifaires en franchise de droits pour la viande bovine fraîche, réfrigérée et congelée. 9https://www.international.gc.ca/trade-commerce/trade-agreements-accords-commerciaux/agr-acc/ceta-aecg/2020-11-12-beef-pork-exp-boeuf-porc.aspx?lang=eng Bien que ces quotas aient été peu utilisés jusqu'à présent, les importations de viande bovine de l'UE en provenance du Canada ont fortement augmenté depuis l'introduction de l'AECG (graphique 13). 10Kutlina-Dimitrova, Zornitsa: CETA: Evolution of Key Economic Indicators, European Commission, Trade, Chief Economist Note, mars 2023: https://circabc.europa.eu/rest/download/faff658b-3e97-4784-a869-3025888bdec4

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Grâce à l'AECG, le Canada a également réduit ses droits de douane à l'importation sur la viande bovine de l'UE de 26,5 % à 0 % . Cette mesure a renforcé les exportations de viande bovine de l’UE vers le Canada, en particulier la viande bovine congelée, qui: a connu une forte augmentation, en particulier depuis 2020. Avant CETA les exportations de viande bovine de l'UE vers le Canada étaient en grande partie inexistantes (graphique 14). .

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Un récent rapport de la Commission européenne reconnaît cette évolution et affirme que «l’UE exporte plus de viande bovine vers le Canada que l’inverse, avec une augmentation impressionnante des exportations européennes de viande bovine congelée». 11Kutlina-Dimitrova, Zornitsa: CETA: Evolution of Key Economic Indicators, European Commission, Trade, Chief Economist Note, mars 2023: https://circabc.europa.eu/rest/download/faff658b-3e97-4784-a869-3025888bdec4 Toutefois, compte tenu des émissions de méthane qui y sont liées, le succès de l’Europe dans l’augmentation de ses exportations de viande bovine semble être une performance plutôt discutable qui compromet l’objectif de l’UE de réduire ses émissions de gaz à effet de serre .

Importations de colza et de soja en provenance du Canada

Le commerce euro-canadien d'oléagineux utilisés comme aliments pour animaux, en particulier le soja et le colza, est étroitement lié à l'élevage. En raison du déficit persistant de l’UE en matière d’aliments protéiques pour animaux, le soja, le colza et d’autres oléagineux riches en protéines sont présents dans l’UE depuis de nombreuses années. décennies en franchise de droits . Néanmoins, un accord commercial vraiment progressiste aurait inclus des dispositions ciblées visant à minimiser les effets néfastes sur l'environnement des monocultures de soja et de colza au Canada. Or, de tels engagements font défaut dans l’accord commercial UE-Canada.

Depuis l’application provisoire de l’AECG en 2017, les importations de soja de l’UE en provenance du Canada n’ont connu qu’une augmentation modeste, notamment en valeur. Toutefois, les importations de colza de l’UE ont considérablement augmenté, tant en volume qu’en valeur, en particulier en 2020, où elles ont atteint près d’un milliard d’euros (graphique 15).

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Environ 95 % des plantes de colza et 60 % des plantes de soja cultivées au Canada sont génétiquement modifiées (OGM). Ces plantes sont conçues pour résister à la pulvérisation d'herbicides tels que le glyphosate, le glufosinate, le 2,4-D ou le dicamba. 12https://cban.ca/gmos/products/on-the-market/canola/; https://cban.ca/gmos/products/on-the-market/soy/ Au Canada, l'utilisation d'herbicides a considérablement augmenté au cours des 15 dernières années. 2017 a été l'année où la plus grande quantité d'herbicides a été utilisée à ce jour: environ 75 000 tonnes (figure 16).

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Les effets négatifs potentiels de ces plantes génétiquement modifiées et des herbicides utilisés pour leur culture sont très importants, notamment la perte de biodiversité, l’érosion des sols, la pollution de l’eau et de nombreux risques pour la santé. En 2015, l'Organisation mondiale de la santé a classé le glyphosate, l'herbicide synthétique le plus couramment utilisé, comme probablement cancérigène. 13Gandhi, Kavita et al.: Exposure risk and environmental impacts of glyphosate: Highlights on the toxicity of herbicide co-formulants, Environmental Challenges, 4, 2021: https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2667010021001281

En outre, la production, le transport et l’utilisation d’herbicides entraînent d’importantes émissions de gaz à effet de serre . D'autres émissions sont dues aux herbicides libérés dans l'environnement et à leur interaction avec le sol et l'atmosphère. 14Sharma, Asha et al.: Pesticides et changement climatique: A Vicious Cycle, Pesticide Action Network North America, hiver 2022-2023: https://www.panna.org/wp-content/uploads/2023/02/202308ClimateChangeEng.pdf Malgré ces problèmes, l’AECG ne contient pas de mesures correctives concrètes pour faire face aux risques d’une augmentation du commerce du colza et du soja. Pire encore: Les règles de l'UE fixant des limites maximales de résidus de pesticides dans les importations de denrées alimentaires sont régulièrement remises en question par des fonctionnaires canadiens lors des réunions du comité sanitaire et phytosanitaire de l'AECG (voir « Investissements : Flux, stocks et protection» ).

Commerce bilatéral de produits forestiers

Le chapitre de l’AECG sur le commerce et l’environnement contient une disposition qui oblige les parties à «promouvoir le commerce des produits forestiers issus de forêts gérées de manière durable». 11 Bien que la majorité des forêts géantes du Canada soient gérées différemment, cela ne se fait pas de manière durable. En conséquence, depuis 2001, les forêts gérées du Canada sont passées d'un puits de carbone à une énorme source d'émissions de carbone, l'exploitation industrielle des forêts et les incendies de forêt constituant l'un des principaux problèmes. En particulier, l'exploitation forestière industrielle a libéré beaucoup plus de dioxyde de carbone que ce qui pourrait être absorbé par la croissance des arbres. 15https://thebulletin.org/2023/08/managed-to-death-how-canada-turned-its-forests-into-a-carbon-bomb; https://www.cbc.ca/news/science/forestry-emissions-accounting-1.6227903

Malgré ces menaces pour l’intégrité environnementale des forêts canadiennes, l’AECG vise à accroître le commerce du bois entre l’UE et le Canada . Alors que la plupart des produits forestiers de l’UE étaient déjà exempts de droits de douane, l’AECG a supprimé les droits de douane résiduels sur les exportations de bois du Canada. Par exemple, l'accord a réduit les droits de douane sur les panneaux de fibres, le contreplaqué et le bois d'érable extrait du célèbre érable du Canada. 16https://www.international.gc.ca/trade-commerce/trade-agreements-accords-commerciaux/agr-acc/ceta-aecg/business-entreprise/sectors-secteurs/FS-SF.aspx?lang=eng; https://www.cbc.ca/news/canada/calgary/canada-forests-carbon-sink-or-source-1.5011490

Avant l'AECG, les importations européennes de produits forestiers en provenance du Canada étaient en baisse. Mais depuis l'application provisoire, un tournant s'est produit. À l'exception de 2019, les importations européennes de liège et de bois canadiens ont atteint des niveaux plus élevés qu'en 2017. Sur le plan monétaire, cette reprise a été encore plus marquée, la valeur des importations atteignant en 2022 des niveaux observés pour la dernière fois il y a dix ans (graphique 17).

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Alors que les exportations de bois du Canada ont inversé leur baisse depuis la mise en œuvre de l’AECG, les exportations correspondantes de l’UE vers le Canada ont connu une augmentation encore plus importante par rapport à la période précédant l’accord. Bien que l’augmentation rapide des volumes de liège et de bois exportés ait commencé en 2016, l’augmentation mesurée en euros a été particulièrement marquée au cours des deux dernières années (graphique 18).

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L’augmentation significative des exportations de bois de l’UE vers le Canada s’inscrit également dans le contexte d’une accélération de la déforestation en Europe. Les données satellitaires indiquent que l'exploitation forestière a peut-être atteint des niveaux non durables dans des pays tels que la Suède et la Finlande. L’augmentation des récoltes due à la demande croissante affaiblit également la capacité des forêts européennes à absorber le dioxyde de carbone, compromettant ainsi la capacité de l’UE à atteindre ses objectifs climatiques. 17https://www.theguardian.com/environment/2020/jul/01/europe-losing-forest-to-harvesting-at-alarming-rate-data-suggests

En effet, les terres forestières des deux partenaires – c’est-à-dire l’ensemble de la superficie des forêts naturelles et gérées – souffrent d’une capacité réduite d’élimination du dioxyde de carbone, principalement en raison de taux de récolte élevés. Au Canada, ce processus a commencé il y a 20 ans (Figure 19). 18https://thebulletin.org/2023/08/managed-to-death-how-canada-turned-its-forests-into-a-carbon-bomb Dans l’UE, la capacité d’élimination du carbone des terres forestières n’a cessé de diminuer au cours des dix dernières années (graphique 20). 19Agence européenne pour l'environnement: Greenhouse gas emissions from land use, land use change and forestry in Europe – 8th EAP, 26 octobre 2022: https://www.eea.europa.eu/ims/greenhouse-gas-emissions-from-land

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Dans ce contexte, la suppression des droits de douane restants sur le bois par l’AECG et l’augmentation des flux commerciaux transatlantiques qui en résultera sont susceptibles d’exercer une pression supplémentaire sur les forêts européennes et canadiennes et d’affaiblir encore davantage leurs capacités d’absorption. Bien que ce risque soit bien connu des négociateurs commerciaux de l’UE et du Canada , l’accord ne prévoit pas de mesures de protection protégeant les forêts dans leur rôle de puits de carbone contre la demande internationale croissante de bois. Pire encore: Les procès-verbaux des débats au sein du Comité du commerce des marchandises de l’AECG et du dialogue bilatéral sur les produits forestiers montrent que même des mesures progressistes telles que le règlement de l’UE sur la déforestation sont remises en question – les responsables canadiens ont critiqué à plusieurs reprises le règlement pour avoir mis en péril les exportations canadiennes de bois vers l’UE (voir « Investissements : Flux, stocks et protection» ).

Commerce euro-canadien de matières plastiques

L’industrie chimique européenne contribue de manière significative au changement climatique et à d’autres dommages environnementaux, tels que la pollution de l’air et de l’eau et l’extinction des espèces. L’industrie pétrochimique et sa production de plastique sont parmi les sous-secteurs les plus polluants, la pollution des océans par les déchets plastiques n’étant que l’un des effets les plus visibles. On estime que les plastiques fossiles actuels, c'est-à-dire les polymères dérivés des combustibles fossiles, représenteront 15 % du budget carbone restant de l'humanité d'ici 2050. Malgré les risques évidents que ces polymères comportent, la demande de plastique devrait doubler d'ici 2050. 20Agence européenne pour l'environnement: Greenhouse gas emissions from land use, land use change and forestry in Europe – 8th EAP, 26 octobre 2022: https://www.eea.europa.eu/ims/greenhouse-gas-emissions-from-land

En tant que premier exportateur et importateur mondial de matières plastiques, l’UE a une grande responsabilité dans cette évolution. 21Deer Birkbeck, Carolyne et al.: Tendances dans les flux commerciaux à travers le cycle de vie des plastiques: Examen préliminaire, TESS – Forum on Trade, Environment & the SDGs, note d’information, mai 2023: https://tessforum.org/latest/trends-in-trade-flows-across-the-life-cycle-of-plastics-preliminary-review Mais les engagements de l'AECG en matière d'accès au marché alimentent la demande croissante de plastiques en supprimant jusqu'à 6,5 % des droits de douane sur les produits chimiques et plastiques. 22Gouvernement du Canada: Résumé technique des résultats escomptés finals – Accord économique et commercial global Canada-Union européenne: https://www.italaw.com/sites/default/files/archive/ceta-final-negotiated-outcomes.pdf

Depuis l’application provisoire de l’AECG, la valeur des exportations de plastiques de l’UE vers le Canada a considérablement augmenté, en particulier au cours des deux dernières années, ce qui a entraîné un excédent considérable pour l’UE . En revanche, les exportations canadiennes de plastique ont enregistré une augmentation plus modeste, mais celle-ci s’est accélérée en 2022 (graphique 21).

Il est toutefois important de noter que les données de la base de données d’Eurostat ne couvrent qu’une partie du commerce des matières plastiques et se limitent aux produits relevant du chapitre 39 du système harmonisé (SH), la classification des produits gérée par l’Organisation mondiale des douanes. Les experts de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) ont donc travaillé à l'élaboration d'une base de données couvrant l'étendue du commerce des matières plastiques, y compris d'autres chapitres du système harmonisé, ainsi que des estimations des flux de matières plastiques dites cachées. Ces flux cachés comprennent, par exemple, les produits en plastique utilisés pour les emballages (par exemple, les aliments préemballés) et les énormes quantités de plastique contenues dans les produits industriels, des téléviseurs aux voitures. La base de données fournit également une ventilation des produits échangés tout au long des différentes étapes du cycle de vie des plastiques. 23Barrowclough et Diana: Global trade in plastics: Insights from the first life-cycle trade database, document de recherche de la CNUCED no 53, décembre 2020: https://unctad.org/publication/global-trade-plastics-insights-first-life-cycle-trade-database

Les exportations croissantes de matières plastiques de l’UE vers le Canada se composent principalement de produits primaires, intermédiaires et finaux (graphique 22). La proportion élevée de matières plastiques primaires telles que les granulés de résine et les fibres synthétiques est particulièrement préoccupante. La plupart des granulés de résine sont fabriqués à partir de microplastiques, dont beaucoup se retrouvent dans l'environnement. Ce microplastique n'est pas biodégradable, s'accumule chez les animaux et les humains et empoisonne les écosystèmes terrestres et marins, ainsi que la nourriture et l'eau potable. 24Cabrera, Jewel S. : Plastic pellet pollution can end through coordinated efforts, report shows, Mongabay, 21 December 2022: https://news.mongabay.com/2022/12/plastic-pellet-pollution-can-end-through-coordinated-efforts-report-shows En outre, les plastiques contenus dans les produits finaux exportés par l’UE vers le Canada, tels que les voitures et les produits électroniques, présentent également un risque pour l’environnement, étant donné que seule une petite partie de ces composants est recyclée.

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L’UE est le premier exportateur mondial de certains des produits en plastique les plus polluants. 22 Cela se reflète dans les exportations croissantes d’emballages en plastique de l’UE vers le Canada, qui ont connu une augmentation particulièrement forte entre 2019 et 2021 (graphique 23). La plupart des emballages en plastique sont jetables et difficiles à recycler car ils sont contaminés, combinés à des matériaux non recyclables ou contiennent des matériaux toxiques. 25Barrowclough et Diana: Global trade in plastics: Insights from the first life-cycle trade database, document de recherche de la CNUCED no 53, décembre 2020: https://unctad.org/publication/global-trade-plastics-insights-first-life-cycle-trade-database

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D’autres risques environnementaux découlent de l’augmentation des exportations par l’UE de fibres synthétiques, telles que le polyester et le nylon, utilisées pour la fabrication de textiles synthétiques (graphique 23). La production de ces fibres synthétiques nécessite de grandes quantités d’énergie et contribue donc de manière significative au changement climatique sans décarboner complètement le système énergétique. Le lavage, le séchage et le repassage de ces fibres entraînent également des dommages environnementaux. Ces risques sont aggravés par la libération de microplastiques tout au long du cycle de vie des textiles synthétiques, depuis la production des fibres jusqu’à leur élimination finale, en passant par leur transport et leur utilisation. 26Agence européenne pour l'environnement: Plastic in textiles: Vers une économie circulaire pour les textiles synthétiques en Europe, Briefing, 28 janvier 2021: https://www.eea.europa.eu/themes/waste/resource-efficiency/plastic-in-textiles-towards-a

Malgré la grande responsabilité de l’UE dans la pollution mondiale par les plastiques, l’AECG manque d’engagements concrets pour atténuer les risques liés à la croissance de la production et du commerce des plastiques. L'accord renforce même ces risques en supprimant les droits de douane restants sur plusieurs produits en plastique.

Mettre en lumière le commerce des «biens verts»

À l’article 24.9 du chapitre sur le commerce et l’environnement de l’AECG, les parties s’engagent à «faciliter et promouvoir le commerce et les investissements dans les biens et services environnementaux». Le commerce de biens verts ou respectueux de l’environnement s’est est devenu l'un des domaines clés que la Commission met en exergue tout en s'efforçant d'améliorer le respect de l'environnement. des accords commerciaux tels que CETA à étayer .

Selon une communication de l'économiste en chef publiée par la Commission, le commerce bilatéral de biens environnementaux entre l'UE et le Canada est passé de 4,7 milliards d'euros à 5,6 milliards d'euros au cours des quatre années précédant et suivant l'application provisoire de l'AECG. 27Kutlina-Dimitrova, Zornitsa: CETA: Evolution of Key Economic Indicators, Commission européenne, DG Trade, Chief Economist Note, mars 2023: https://circabc.europa.eu/rest/download/faff658b-3e97-4784-a869-3025888bdec4 Toutefois, la part des biens verts dans le commerce bilatéral total n'a pas dépassé 10 % sur l'ensemble de la période (graphique 24). Il est donc très difficile d'imaginer comment les biens verts pourraient compenser l'impact sur le climat de 90 % des biens non verts, souvent à forte intensité d'émissions, échangés entre l'UE et le Canada.

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Il devrait donc être clair que toute évaluation environnementale sérieuse d’accords commerciaux tels que l’AECG doit se concentrer sur la grande majorité des produits polluants non respectueux de l’environnement qui sont libéralisés ou non réglementés. Le public ne devrait pas être incité à croire que de petites parts de commerce de biens environnementaux transformeraient des accords commerciaux largement préjudiciables en accords verts.

En outre, les avantages environnementaux de nombreux produits dits «écologiques» ou «verts» sont également contestés. Ce problème est aggravé par le fait que la Commission renvoie à une liste de plus de 260 «biens verts» utilisés lors des négociations de l’accord de l’OMC sur les biens environnementaux (AEE), qui a échoué en décembre 2016. Toutefois, cette liste de l’AEE n’est ni publiquement ni publiquement disponible, ni officiellement reconnue. Ce n'était qu'une des listes concurrentes diffusées lors des négociations de l'OMC.

L’une des raisons pour lesquelles les négociateurs n’ont pas pu s’entendre sur une liste commune de biens environnementaux est que bon nombre des biens proposés ont un double usage. Par exemple, des tuyaux, des tubes et des réservoirs peuvent être utilisés pour transporter des combustibles fossiles, ainsi que de l'hydrogène vert, dans des industries difficiles à réduire. fournir de l'énergie renouvelable. 28Ecorys: Trade in Environmental Goods and Services, rapport final, Rotterdam, 3 mars 2023: https://www.rijksoverheid.nl/documenten/rapporten/2023/03/03/ecorys-trade-in-environmental-goods-and-services-final-report Autour de la Pour identifier les produits réellement respectueux de l'environnement, les négociateurs auraient eu besoin d'une classification très désagrégée, acceptée au niveau international. Malheureusement, une telle classification n'existe pas encore. Au lieu de cela, les négociateurs des OMC pour compiler leurs listes respectives la classification du système harmonisé (SH) avec des codes SH à six chiffres. Toutefois, pour filtrer avec précision les véritables produits respectueux de l’environnement, une ventilation à 8 ou 10 chiffres des codes SH aurait été nécessaire. 29Michael Gasiorek et al.: Recommendations on the UK Government’s Global Tariff Proposal, Briefing Paper 39, Technical Appendix, mars 2020: http://blogs.sussex.ac.uk/uktpo/files/2020/03/Technical-Appendix_BP39.pdf

En outre, les biens respectueux de l’environnement peuvent encore être à l’origine d’importantes émissions de gaz à effet de serre, étant donné que leurs avantages pour l’environnement peuvent ne se concrétiser qu’à certaines étapes de leur cycle de vie. Bien que l’utilisation ou l’utilisation de certains biens verts puisse contribuer à l’atténuation du changement climatique, leur production, y compris les matières premières et les produits intermédiaires nécessaires, peut être très génératrice d’émissions. Cela est particulièrement vrai pour les procédés de fabrication des métaux de base et des machines, dont l'approvisionnement en énergie reste fortement tributaire des combustibles fossiles. Par conséquent, l’intensification des échanges de biens dits «verts» peut encore avoir des effets néfastes sur le climat, pour autant que seules certaines étapes de leur cycle de vie soient décarbonées.

Il est également important de noter que l’UE présente un excédent considérable en ce qui concerne les échanges de biens environnementaux avec le Canada (graphique 25). Cela soulève une nouvelle fois la question de savoir si un accord commercial véritablement vert ne devrait pas inclure des mesures ciblées visant à promouvoir la production de biens verts. Et cela devrait certainement relever de la responsabilité particulière du partenaire qui dispose de capacités accrues sur le marché des biens verts – dans le cas de l’AECG, l’UE . Mais au-delà de l'obligation de libéraliser les biens environnementaux, l'AECG ne prévoit pas de mesures concrètes pour promouvoir leur production.

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En bref

L’analyse des fluctuations des flux commerciaux montre que le commerce bilatéral de nombreux produits néfastes pour le climat a effectivement augmenté depuis l’introduction de l’AECG. Cela vaut tant pour la principale matière première minérale exportée du Canada vers l’UE, à savoir le minerai de fer, que pour les combustibles fossiles tels que le pétrole et le charbon. Outre l’accélération du changement climatique, la production et la consommation de ces minéraux et carburants ont de nombreuses autres incidences sur l’environnement, telles que la pollution de l’air et de l’eau, la perte de biodiversité et le changement d’affectation des sols.

La libéralisation des produits agricoles contribue aux effets négatifs de l’AECG sur le climat . Les quotas et les préférences tarifaires proposés pour les produits d’origine animale, tels que les produits laitiers et la viande bovine, présentent des risques particuliers, étant donné que les deux partenaires ne sont pas parvenus, dans une large mesure, à réaliser des progrès significatifs dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre de leur secteur de l’élevage, le méthane étant le plus nocif des gaz à effet de serre émis. Depuis la mise en œuvre de l'AECG, les exportations de viande bovine des deux partenaires ont fortement augmenté.

Le commerce euro-canadien d'oléagineux utilisés comme aliments pour animaux, en particulier le soja et le colza, est étroitement lié à l'élevage. Alors que les importations de soja de l’UE en provenance du Canada ont connu une augmentation plutôt modeste, les importations de colza de l’UE ont considérablement augmenté depuis l’application de l’AECG. La grande majorité des plantes de colza et de soja cultivées au Canada sont génétiquement modifiées pour résister à la pulvérisation d'herbicides. L’utilisation de ces herbicides a considérablement augmenté au cours des 15 dernières années, entraînant une perte de biodiversité et d’importantes émissions de gaz à effet de serre .

Le commerce des produits forestiers a également augmenté depuis l’introduction de l’AECG . Alors que les importations de bois de l’UE en provenance du Canada ont inversé la baisse enregistrée avant l’accord, les exportations de l’UE vers le Canada ont été encore plus importantes. L’augmentation bilatérale du commerce du bois s’inscrit également dans le contexte de l’accélération de la déforestation au Canada et dans l’UE . Dans les deux régions, les zones forestières souffrent d’une capacité réduite à éliminer le dioxyde de carbone, principalement en raison de la déforestation industrielle élevée.

Les engagements de l’AECG en matière d’accès au marché dans l’industrie chimique alimentent également la demande de biens polluants. Depuis l’entrée en vigueur de l’AECG, les exportations de plastique de l’UE vers le Canada ont considérablement augmenté, y compris les produits particulièrement nocifs tels que les microplastiques, les emballages en plastique et les fibres synthétiques. La production de ces plastiques nécessite de grandes quantités d'énergie et contribue donc de manière significative au changement climatique.

Une autre préoccupation concerne l’absence de mesures ciblées visant à atténuer les risques climatiques liés au commerce de tous ces produits. L’AECG n’associe pas ses préférences commerciales à des améliorations concrètes du processus de production des secteurs bénéficiant de l’accord. Il n'existe pas non plus de dispositions concrètes visant à réduire ou à éliminer le commerce de produits particulièrement nocifs, tels que les combustibles fossiles. Une autre lacune flagrante concerne le transfert de technologies visant à faciliter la décarbonation dans les secteurs libéralisés.

Ces manquements ne peuvent être compensés par une légère augmentation des échanges de biens environnementaux depuis l’introduction de l’AECG , étant donné que la part des biens «verts» dans le total des échanges bilatéraux n’a jamais dépassé le seuil de 10 %. Il est donc difficile d’imaginer comment les biens «verts» pourraient compenser l’incidence sur le climat de 90 % des biens non écologiques et à forte intensité d’émissions échangés entre l’UE et le Canada.

Toutes ces faiblesses indiquent peut-être l’échec le plus fondamental de la politique commerciale de l’UE dans le contexte de la crise climatique, à savoir la priorité continue accordée à la libéralisation avant la transformation. Toutefois, comme le montre clairement notre analyse de la mise en œuvre de l'AECG, ces priorités doivent être inversées. Pour atténuer le changement climatique, la transformation de l'appareil productif, la décarbonation des biens échangés au niveau international doivent primer sur l'élimination des obstacles au commerce. Ce n’est que lorsque la production de biens deviendra climatiquement neutre tout au long de leurs chaînes de valeur qu’il sera judicieux de libéraliser davantage les marchés de ces produits.

Règles, institutions et décisions en matière de politique climatique

Il convient de noter que le Canada et l’UE ne sont pas des champions du climat et n’ont pas fait preuve d’excellence en matière de lutte contre le changement climatique. Le Canada est l'un des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre au monde, avec des résultats médiocres dans l'indice de performance du changement climatique 2023. Il occupe la 58e place sur 63 pays, ce qui en fait l'un des pays ayant les émissions de CO2 les plus élevées. 30Indice de performance du changement climatique: https://ccpi.org/country/can/ Accessed: 28.09.2023. L’UE, qui est la somme de ses 27 États membres, n’atteint que le 19e rang dans le groupe des pays ayant mis en œuvre un niveau élevé d’action pour le climat. Place, un classement qui ne reflète guère l'ambition de la région d'être un leader mondial en matière de protection du climat. 31Indice de performance du changement climatique: https://ccpi.org/country/eu/ Accessed: 28.09.2023. En outre, le Canada donne la priorité à d’autres questions dans les négociations commerciales, comme le montre l’accord United States-Mexico-Canada 2.0 (USMCA). Il convient de noter que l’action pour le climat n’est pas mentionnée dans le texte de cet accord. 32Texte de l’accord entre les États-Unis d’Amérique, les États-Unis mexicains et le Canada: https://ustr.gov/trade-agreements/free-trade-agreements/united-states-mexico-canada-agreement/agreement-between Accessed: 19.20.2023.

L’objectif de cette analyse est d’examiner les effets de l’AECG sur le climat. Notre objectif est donc de clarifier les dispositions concrètes de l'accord sur la politique climatique. Quels sont les aspects du CETA qui ont une incidence sur le climat? Il est important de garder à l’esprit que l’ensemble de l’accord et de ses dispositions ont une incidence sur le climat, y compris le commerce de marchandises, les accords sur les matières premières ou les produits forestiers, l’agriculture, les mesures sanitaires et phytosanitaires ou les marchés publics (respectueux du climat). Néanmoins, cette section du chapitre consacré au rapport est consacrée à l’examen des engagements spécifiques de la section «durabilité» de l’AECG, qui visent principalement à résoudre les problèmes climatiques.

Encadré 2
Calendrier du CETA et de Paris

Aperçu du calendrier des négociations 33Jürgen Knirsch & Anne Bundschuh: CETA: Pas de profit pour la protection du climat (Réseau pour un commerce mondial équitable). https://www.gerechter-welthandel.org.
Graphique comparant les calendriers de l’AECG et de l’accord de Paris

Il est important de rappeler que la conclusion des négociations de l’AECG a coïncidé presque exactement avec l’adoption de l’accord de Paris sur le climat de 2015, qui a été ratifié à la fois par le Canada et par l’UE . Ce moment fortuit a été l’occasion pour les parties concernées d’aller au-delà de la rhétorique et de convenir de dispositions contraignantes dans l’AECG, de sorte que les dispositions climatiques prévaudraient sur les dispositions commerciales en cas de conflit entre les deux parties. Malheureusement, cette opportunité n'a pas été exploitée et les allusions de l'AECG à la protection du climat sont incohérentes et faibles.

Les chapitres 22 (Commerce et développement durable) et 24 (Environnement) de l’AECG manquent d’engagements concrets en faveur du climat et ne font pas référence à l’accord de Paris. L'une des sections les plus précises, l'article 24.12, régit la coopération environnementale:
Les parties reconnaissent qu'une coopération renforcée est un élément important pour promouvoir les objectifs du présent chapitre et s'engagent à coopérer sur les questions environnementales d'intérêt commun liées au commerce, par exemple dans les domaines suivants:
les aspects liés au commerce des relations internationales actuelles et futures, les régimes d'atténuation du changement climatique et les politiques et programmes nationaux en matière de climat liés à l'atténuation et à l'adaptation, y compris les questions liées aux marchés du carbone, les moyens de faire face aux effets négatifs du commerce sur le climat, ainsi que les moyens de promouvoir l'efficacité énergétique et le développement et le déploiement du carbone et d'autres technologies respectueuses du climat; 34COMPREHENSIVE ECONOMIC AND TRADE AGREEMENT (CETA) between Canada, of the one part, and the European Union and its Member States, of the other part: Article 24.12. p. 149, 14.01.2017. COMPREHENSIVE ECONOMIC AND TRADE AGREEMENT (CETA) – between Canada, of the one part, and the European Union and its Member States, of the other part (europa.eu) Accessed: 16.10.2023.
Il est décevant que le chapitre ne contienne pas d’engagements concrets en matière d’action pour le climat et qu’il n’expose aucune conséquence si les parties enfreignent les accords sur le climat ou refusent la coopération attendue.

L’absence de telles mesures montre clairement que les exigences d’une action climatique ambitieuse ne sont pas prises en compte. L’accord a fait l’objet de vives critiques en raison de ses lacunes dans la gestion de la crise climatique, ce qui a conduit à la création d’un «instrument interprétatif commun» supplémentaire avant la signature. 35CETA Instrument interprétatif commun. 14.01.2017.
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/PDF/?uri=CELEX:22017X0114(01) Accessed: 16.10.2023.
https://www.attac.de/fileadmin/user_upload/Kampagnen/ttip/ceta-texte/Gemeinsames_Auslegungsinstrument.pdf Accessed: 08.08.2023.
a été inclus dans le texte de l'AECG. Toutefois, ce texte n’a pas non plus été en mesure de renforcer les déclarations inexactes figurant dans l’accord commercial global en introduisant des mesures concrètes de lutte contre le changement climatique liées au commerce. Au lieu de cela, le document ne contient que la formulation suivante:
L'AECG [...] comporte des engagements de coopération sur des questions environnementales liées au commerce d'intérêt commun, telles que le changement climatique, la mise en œuvre de l'accord de Paris constituant une responsabilité partagée importante de l'Union européenne et de ses États membres, ainsi que du Canada. 36CETA Joint Interpretative Instrument, page 4. 14.01.2017.
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/PDF/?uri=CELEX:22017X0114(01) Accessed: 16.10.2023.

Un an seulement après l’application provisoire de l’accord, le comité communautaire de l’AECG a publié: 37The CETA Agreement established special committees between the EU and Canada to determine how to develop, supplement or implement the agreement. The CETA Joint Committee is responsible for all matters relating to the implementation and interpretation of the CETA agreement. The committee is co-chaired by the Canadian Minister for Trade and the Member of the European Commission responsible for trade, or their designate. The CETA Joint Committee will review any issue relating to the implementation and interpretation of the agreement, or any issue concerning trade and investment between the Parties. More on the powers and dangers of the CETA Committees in the chapter »Committees and Bilateral Dialogues Established Under CETA”. une recommandation sur le changement climatique. Cette recommandation ne dispose pas non plus d’un mécanisme d’exécution et ne fait que réaffirmer les engagements pris précédemment par l’UE et le Canada. Il ne prévoit pas de projets ou de mesures spécifiques et ne prévoit pas non plus de sanctions en cas d’infraction. 38La recommandation est disponible ici: https://www.international.gc.ca/trade-commerce/trade-agreements-accords-commerciaux/agr-acc/ceta-aecg/rec-001.aspx?lang=eng Accessed: 15.10.2023.

Encadré 3
Le Comité mixte de l'AECG

Le gouvernement canadien décrit le Comité mixte de l’AECG comme suit: «L’AECG a institué des comités spéciaux entre l’UE et le Canada afin de déterminer la manière dont l’accord sera élaboré, complété ou mis en œuvre.» Le comité mixte de l’AECG est responsable de toutes les questions liées à la mise en œuvre et à l’interprétation de l’accord. Le comité est coprésidé par le ministre canadien du commerce et le membre de la Commission européenne chargé du commerce, ou leur représentant. Le comité mixte de l’AECG examinera toute question relative à la mise en œuvre et à l’interprétation de l’accord, ainsi que toute autre question relative au commerce et aux investissements entre les parties.» 39Site web du gouvernement canadien: https://www.international.gc.ca/trade-commerce/trade-agreements-accords-commerciaux/agr-acc/ceta-aecg/ceta_governance_committees-gouvernance_aecg_comites.aspx?lang=eng Accessed: 14.11.2023.

Pour de plus amples informations sur les pouvoirs et les dangers des Comités de l’AECG, voir le chapitre « Comités et dialogues bilatéraux dans le cadre de l’AECG «.

Contrôle climatique: Chapitre Durabilité

Les chapitres 22 (Commerce et développement durable), 23 (Commerce et travail) et 24 (Commerce et environnement) de l'AECG traitent explicitement du développement durable. 40The text of the chapters can be found online on the website of the EU Commission: https://policy.trade.ec.europa.eu/eu-trade-relationships-country-and-region/countries-and-regions/canada/eu-canada-agreement/ceta-chapter-chapter_en Accessed: 18.09.2023. Ces questions sont distinctes du reste de l’accord et il est préoccupant de constater que leur exclusion des mécanismes de règlement des différends affaiblit le pouvoir d’exécution de ces chapitres importants. Ils sont également obsolètes, car ils ne suivent pas la nouvelle approche de la Commission européenne, réformée en 2022, consistant à rendre ses chapitres sur le développement durable passibles de sanctions, mais uniquement en dernier recours. 41Site web de la Commission européenne: https://circabc.europa.eu/ui/group/8a31feb6-d901-421f-a607-ebbdd7d59ca0/library/8c5821b3-2b18-43a1-b791-2df56b673900/details Accessed: 18.11.2023., 42Site web de la Commission européenne: https://circabc.europa.eu/ui/group/8a31feb6-d901-421f-a607-ebbdd7d59ca0/library/722161c4-fc37-40b8-911c-f76c38d55a72 Accessed: 12.10.2023.

Les chapitres en question se caractérisent par un langage faible et réservé. Le texte fait référence à la promotion du développement durable et au «commerce pour la protection de l’environnement». Les chapitres contiennent également des clauses habituelles de non-réduction (23.4 et 24.5), dans lesquelles les parties s'engagent à ne pas affaiblir leur législation nationale actuelle en matière de travail et de protection de l'environnement. Cependant, le langage utilisé est à son tour faible et permet effectivement d'éventuelles réductions. Il n'y a pas non plus d'indications quant à la possibilité d'un renforcement des normes de protection de l'environnement ou de la protection du droit du travail. Les accords de durabilité renforcent principalement les obligations existantes et n’apportent guère de nouveaux aspects.

Mise en œuvre des dispositions en matière de durabilité – uniquement en surface

Le chapitre sur le développement durable est mis en œuvre par le comité du commerce et du développement durable (TSD), composé de représentants de la Commission européenne et du gouvernement canadien. Son rôle est de mettre en œuvre les dispositions du chapitre, en mettant l’accent sur la promotion des discussions sur les questions de durabilité.

Le comité se réunit fréquemment et suit scrupuleusement un programme de travail préétabli. 43For 2022/2023, the work programme can be viewed here: https://circabc.europa.eu/ui/group/09242a36-a438-40fd-a7af-fe32e36cbd0e/library/d810eef0-b56b-4094-98ed-57a3fe385f6a?p=1&n=10&sort=modified_DESC Accessed: 18.09.2023. Elle établit régulièrement des rapports sur ses travaux (disponibles sur le site web de la Commission) et a présenté plusieurs recommandations au comité mixte sur l’état d’avancement de l’accord. Cependant, ces efforts sont décevants.

Peu après l’entrée en vigueur provisoire de l’AECG, le comité mixte a adopté, en septembre 2018, la «recommandation sur le commerce, l’action pour le climat et l’accord de Paris». 44La recommandation est disponible ici: https://www.international.gc.ca/trade-commerce/trade-agreements-accords-commerciaux/agr-acc/ceta-aecg/rec-001.aspx?lang=eng Accessed: 15.10.2023. Cette mesure semble avoir été motivée par les critiques du public quant à la prise en compte insuffisante de la protection du climat dans l’accord. À la suite de cette recommandation, le comité du commerce et du développement durable a établi un programme de travail bisannuel pour la mise en œuvre des recommandations. 45Tous les documents sont disponibles ici: https://circabc.europa.eu/ui/group/09242a36-a438-40fd-a7af-fe32e36cbd0e/library/d810eef0-b56b-4094-98ed-57a3fe385f6a?p=1&n=10&sort=modified_DESC Accessed: 15.10.2023. Le programme de travail couvre plusieurs domaines de coopération. Sur le plan thématique, le programme 2022-23 se concentre sur les domaines suivants: 46CETA TSD WORK PLAN 2022-2023. https://circabc.europa.eu/ui/group/09242a36-a438-40fd-a7af-fe32e36cbd0e/library/310f230c-b1dd-4c64-937f-f409ea92b4d3/details Accessed: 15.10.2023.

  • Facilitez les discussions et la collaboration sur les technologies propres et les prix du carbone
  • Observez les développements sur Border Carbon Adjustments et organisez d'autres échanges techniques
  • Partagez votre expérience et vos meilleures pratiques en matière d’élaboration et de mise en œuvre d’une stratégie d’adaptation au changement climatique – Envisagez d’organiser un échange d’experts sur l’adaptation au changement climatique
  • Coopération en matière de commerce et de climat au sein de l'Organisation mondiale du commerce

Malheureusement, le Comité met l'accent sur l'échange de connaissances, l'échange d'expériences, le suivi des progrès et l'échange de bonnes pratiques. Toutefois, rien n’indique que le Comité mette en œuvre des mesures ciblées de lutte contre le changement climatique ou qu’il plaide en faveur d’un accord sur un commerce plus efficace des technologies respectueuses du climat. En outre, le Comité ne s'est pas prononcé en faveur d'une restriction du commerce des produits nocifs pour le climat.

En ce qui concerne le potentiel d'une coopération significative et progressiste entre le Canada et l'UE dans le domaine du commerce et du développement durable , seule la surface a malheureusement été rayé. Rien n'indique que la nécessité d'un changement de mentalité et d'une réorientation vers un environnement respectueux du climat Le commerce est au premier plan.

Faiblesse des mécanismes de participation de la société civile

Les possibilités pour la société civile de contribuer à l’application de la législation se limitent à la participation aux groupes consultatifs domestiqués (DAG). La société civile, mais aussi l'industrie, y participent. Les GCI peuvent formuler des recommandations d’amélioration de l’AECG, mais ils n’ont aucune force exécutoire. Une étude de la Fondation Friedrich Ebert a déjà mis en évidence les faiblesses et les possibilités limitées des DAG en 2020. 47Deborah Martens, Diana Potjomkina, et Jan Orbie, FES (Ed): DOMESTIC ADVISORY GROUPS IN EU TRADE AGREEMENTS Stuck at the Bottom or Moving up the Ladder? novembre 2020. https://library.fes.de/pdf-files/iez/17135.pdf Accessed: 18.09.2023.

La Commission européenne est consciente de ces lacunes et s'efforce d'apporter des améliorations. Toutefois, jusqu’à présent, ils n’ont eu aucune incidence positive sur la mise en œuvre des accords commerciaux européens, y compris l’AECG .

Chapitre «Développement durable» – un tigre édenté

Une critique fréquente du chapitre sur la durabilité souligne le fait que, contrairement à d’autres sections de l’accord, les domaines couverts par celui-ci sont exclus du règlement des différends. L'absence de mesures coercitives solides dans toutes les dispositions de l'AECG relatives au développement durable les rend vulnérables à la contestation et à la subversion. En outre, les possibilités de sanctionner les infractions au droit de l’environnement et au droit du travail sont limitées. Reconnaissant ce problème, la Commission européenne a décidé, en 2022, de réformer certains de ses futurs chapitres sur la durabilité, appelés «examen de la DTS». Le modèle inclut désormais les sanctions réclamées de longue date par la société civile, qui peuvent être appliquées en cas de non-respect. 48More information and detailed materials on the process are available on the website of the European Commission: https://circabc.europa.eu/ui/group/8a31feb6-d901-421f-a607-ebbdd7d59ca0/library/722161c4-fc37-40b8-911c-f76c38d55a72 Accessed: 12.10.2023. Il y a toutefois une réserve: La Commission européenne n'adoptera cette nouvelle approche que dans les négociations à venir. Il ne s'applique donc pas à l'accord UE-Canada. Cela est surprenant, étant donné que le Canada a toujours exprimé son ouverture à la négociation sur cette question et qu’il a clairement exprimé son intérêt à renforcer le chapitre sur la durabilité en prévoyant des marges de manœuvre supplémentaires pour l’imposition de sanctions.

En avril 2023, la députée européenne verte Saskia Bricmont a soulevé cette question dans une question parlementaire adressée à la Commission. 49Question parlementaire P-001292/2023 de Saskia Bricmont (Verts/ADLE), 19 avril 2023: https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/P-9-2023-001292_EN.html#def1 Accessed: 12.10.2023. Elle a cité dans le procès-verbal de la réunion 2022 du Comité mixte de l’AECG:
Le Canada a exprimé son enthousiasme à l'égard des résultats de l'examen du commerce et du développement durable réalisé par l'UE [...]. Toutefois, le Canada a exprimé sa déception quant à la réticence de l’UE à appliquer sa nouvelle approche en matière d’application du TSD à l’AECG (à savoir des amendes et/ou des sanctions en cas de non-respect des obligations). Le Canada a invité l’UE à reconsidérer sa position et à convenir d’un moyen de rendre exécutoires les chapitres sur le travail et l’environnement de l’AECG.

Afin d’éviter un nouvel examen du texte du traité, le Canada a souligné qu’il existait des options flexibles pour atteindre cet objectif et qu’il était ouvert à un examen plus approfondi de ces options avec l’UE dans le cadre du comité DCT. 50https://circabc.europa.eu/ui/group/09242a36-a438-40fd-a7af-fe32e36cbd0e/library/6fc49aca-f7c0-4a45-8fe9-d0c3f531a164/details
La réponse de la Commission européenne était claire:
Les engagements en matière de durabilité sont contraignants et exécutoires. L'AECG prévoit un mécanisme spécial de règlement des différends. Toutefois, ni les parties ni d’autres acteurs de la société civile n’ont relevé de lacunes dans la mise en œuvre ou le respect des engagements en matière de commerce et de développement durable dans le chapitre sur le commerce et le développement durable. La demande du Canada d’ajouter des mesures de défense commerciale aux engagements nécessiterait la réouverture d’au moins certaines parties de l’AECG, dans l’attente d’une ratification par plusieurs États membres. 51Réponse de la Commission européenne, 30 mai 2023: https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/P-9-2023-001292-ASW_EN.html Accessed: 12.10.2023.
La Commission européenne fait valoir que les dispositions actuelles du chapitre sont juridiquement contraignantes et exécutoires. Toutefois, les sections «Commerce» et «Développement durable» ne sont que des déclarations d’intention et non des engagements clairs, comme cela a déjà été démontré. Dans le même temps, ils seraient difficilement applicables en cas de conflit. Le refus de la Commission de rendre le chapitre passible de sanctions, malgré la volonté du Canada de le faire et la cohérence avec l’approche actuelle de l’UE, indique un manque d’intérêt réel pour la promotion de la lutte contre le changement climatique dans le cadre de l’AECG.

En bref

L’AECG, l’accord commercial entre l’UE et le Canada, met en péril la capacité d’action de l’État et une politique climatique ambitieuse. 52https://www.boeckler.de/de/boeckler-impuls-gefahr-fur-klima-und-umwelt-44442.html
– Fondation Hans Böckler

Le Canada et l'UE ne sont pas des champions du climat et sont plutôt critiqués pour leurs performances climatiques insuffisantes. Les chapitres de l’AECG sur le développement durable, en particulier les chapitres 22 et 24, manquent d’engagements concrets en faveur du climat et ne font pas référence à l’accord de Paris. Malgré la possibilité d'introduire des dispositions climatiques strictes dans les négociations qui accompagnent l'adoption de l'accord de Paris, les références de l'AECG à la protection du climat sont considérées comme incohérentes et faibles.

Lors de la mise en œuvre des dispositions en matière de durabilité par le comité du commerce et du développement durable, l’absence d’efforts pour mettre en œuvre des mesures d’atténuation significatives est frappante. Le rôle de la société civile dans l’application de ces dispositions est limité et le chapitre sur la durabilité est exempté du règlement des différends, ce qui le rend vulnérable à la contestation et à la subversion.

Malgré la volonté du Canada de discuter de l’applicabilité des chapitres sur le travail et l’environnement de l’AECG, la Commission européenne maintient son point de vue selon lequel les dispositions existantes sont contraignantes et exécutoires, même si elles sont accusées de manque de clarté et d’applicabilité.

Dans l’ensemble, l’AECG montre un manque d’intérêt réel à promouvoir la protection du climat par l’intermédiaire de l’accord.

Comités et dialogues bilatéraux créés dans le cadre de l’AECG

Les accords commerciaux, les normes et l’action pour le climat sont étroitement liés et s’influencent mutuellement de manière significative. Les accords commerciaux impliquent souvent l'harmonisation des normes. Dans le contexte de la lutte contre le changement climatique, cette harmonisation peut, dans le meilleur des cas, inclure des pratiques respectueuses de l’environnement et promouvoir ainsi la durabilité par-delà les frontières. En outre, les accords commerciaux pourraient faciliter le transfert de technologies vertes et améliorer les capacités mondiales à relever les défis climatiques. Les préférences en matière de produits respectueux de l’environnement dans les accords commerciaux incitent les entreprises à adopter des pratiques respectueuses du climat. En outre, les accords commerciaux pourraient également fournir une plateforme de coordination mondiale pour lutter contre le changement climatique et promouvoir la coopération et une approche cohérente de la durabilité environnementale. Malheureusement, ce n'est pas (encore) le cas dans la politique commerciale mondiale.

L’AECG est l’un des accords commerciaux de «nouvelle génération». Ces nouveaux accords de libre-échange se concentrent non seulement/principalement sur la réduction des droits de douane, mais aussi sur la suppression des barrières non tarifaires. Il s'agit notamment de l'harmonisation des normes techniques, mais aussi de réglementations dans des domaines tels que la protection des consommateurs et de l'environnement.

En outre, l’accord est considéré comme «vivant». accord», qui est en constante évolution. Dans cette Dans ce contexte, les «comités» jouent un rôle clé. Presque tous les chapitres de l'accord sont rattachés à un comité spécifique. Ces comités spécialisés font rapport à l’ensemble du comité mixte de l’AECG. Les comités sont composés de représentants des parties, généralement du Canada et de la Commission. Ils développent l'accord commercial tout au long de sa durée et peuvent même le modifier et prendre des décisions importantes sans la participation du Parlement européen.

Encadré 4:
Comités et dialogues de l’AECG 53More information on the CETA committees and dialogues are available on the website of the European Commission: https://policy.trade.ec.europa.eu/eu-trade-relationships-country-and-region/countries-and-regions/canada/eu-canada-agreement/committees-and-dialogues_en Accessed: 05.10.2013.
  • Comité mixte de l'AECG
  • Forum de coopération réglementaire
  • Forum de la société civile
  • Dialogues bilatéraux:
    • Matière première
    • Produits forestiers
    • Problèmes d'accès au marché des biotechnologies
    • Réglementation des véhicules à moteur
    • Commerce électronique
    • Renforcement de la coopération dans les domaines de la science, de la technologie, de la recherche et de l’innovation
  • Comités techniques de l’AECG:
    • Mesures sanitaires et phytosanitaires
    • Commerce de marchandises
    • Indications géographiques
    • agriculture
    • Services financiers
    • Vins et spiritueux
    • Commerce et développement durable
    • Groupe sectoriel mixte sur les médicaments
    • Coopération douanière commune
    • Marchés publics
    • Reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles
    • Services et investissements

Par exemple, le comité sanitaire et phytosanitaire (CPS) pourrait: 54SPS Committee stands for "Joint Management Committee on Sanitary and Phytosanitary Measures" (Comité de gestion conjoint sur les mesures sanitaires et phytosanitaires) modifier l’annexe relative aux contrôles sanitaires des viandes afin de reconnaître l’équivalence d’un niveau de contrôle sanitaire inférieur et d’un niveau de contrôle sanitaire supérieur, comme c’est le cas pour l’écart existant entre les niveaux de protection entre le Canada et l’Europe. Une telle décision au sein du comité SPS devrait être soumise au Conseil européen des ministres pour décision. 55Under the simplifiéed procedure according to Art. 218 (9) of the Treaty of the Functioning of the European Union (TFEU) Le Conseil pourrait alors adopter la proposition sans la participation du Parlement européen. Il s'agit là d'un grave déficit démocratique. Le Parlement européen ne peut pas revenir sur une telle décision, bien qu'il soit exclu du processus de prise de décision. Une fois que les normes ou procédures relatives aux produits ont été reconnues comme équivalentes, la présente décision ne peut être modifiée que par une longue procédure convenue d'un commun accord entre les parties. 56Résultats de l’opinion juridique du professeur Wolfgang Weiß, université de Spire: Avis sur les pouvoirs réglementaires des organes des traités de l’AECG en ce qui concerne la fixation de limites pour les résidus de produits phytopharmaceutiques. Prepared on behalf of Foodwatch International en avril 2020. Dans le cas des contrôles sanitaires de la viande, une telle modification serait potentiellement dangereuse pour les consommateurs de l’UE. Cela augmenterait certainement le commerce de la viande bovine, ce qui, à son tour, augmenterait la pression sur le climat (voir «Les échanges de marchandises entre la UE et le Canada» ).

Les discussions sur le climat ont lieu au sein de différents organes de l’AECG. Il va de soi que la commission du développement durable est impliquée, comme nous l'avons déjà dit. Toutefois, au-delà du programme de travail actuel de ce comité, des accords relatifs au climat pourraient être conclus dans le cadre des dialogues bilatéraux sur les matières premières et les produits forestiers, du SPS, du comité du commerce des marchandises et de l’agriculture et du forum de coopération réglementaire. Par conséquent, il convient d'examiner les approches de travail et les résultats escomptés de ces comités.

Geler ou même affaiblir les normes de protection

La reconnaissance mutuelle des normes et des pratiques en tant qu’équivalentes est une mesure importante de l’AECG (et d’autres accords commerciaux modernes) visant à harmoniser les normes techniques, mais aussi les règles en matière de protection des consommateurs, du climat et de l’environnement. L'objectif de l'alignement est de réduire les obstacles non tarifaires aux échanges résultant de réglementations divergentes entre les parties contractantes. La procédure de reconnaissance mutuelle peut entraîner le gel des normes, mais aussi leur détérioration. Ce dernier cas de figure se produit lorsque la norme supérieure d’une partie est reconnue comme équivalente à une norme inférieure de l’autre partie. Comme indiqué ci-dessus, c’est ainsi que le comité communautaire de l’AECG peut décider de la reconnaissance de l’équivalence. 57Further Reading: Foodwatch (Ed) CETA AN ATTACK ON HEALTH, THE ENVIRONMENT, CONSUMER PROTECTION AND DEMOCRACY The trade agreement disempowers the European Parliament and strengthens the influence of corporations. juillet 2022. https://www.foodwatch.org/fileadmin/-DE/Themen/CETA/CETA_Report_2022_ENGLISH_DIGITAL_06.pdf Accessed: 05.10.2023.

L’importance particulière d’une telle reconnaissance d’équivalence réside dans le caractère international de l’accord. Lorsque des normes de protection sont reconnues comme équivalentes dans le cadre de l’AECG, elles sont soumises au droit international. En tant que traité international, l’AECG définit ensuite ce qui peut encore être réglementé dans le droit dérivé européen et dans le droit national en ce qui concerne les importations en provenance du pays de la partie contractante. Cela signifie que les règles et règlements de l’UE et de ses États membres qui sont contraires à l’AECG sont automatiquement contraires au droit international. Cela pourrait donc avoir de graves conséquences dans un large éventail de domaines de la vie quotidienne et avoir une incidence directe sur les citoyens, les consommateurs, les travailleurs et les entreprises.

Les décisions du Comité de l’AECG pourraient entraîner le gel des normes de l’UE, ce qui aurait une incidence sur l’autonomie de l’UE . Cela pourrait se produire, par exemple, si l’UE souhaite renforcer ses normes de sécurité en matière de pesticides ou introduire de nouvelles règles susceptibles d’avoir une incidence sur les exportations canadiennes. 58lac https://www.veblen-institute.org/Neonicotinoid-pesticides-how-can-European-mirror-measures-be-made-more-1591.html, https://www.veblen-institute.org/Mirror-measures-key-tools-for-implementing-the-European-Green-Deal.html et https://www.veblen-institute.org/Globalisation-How-can-we-stop-the-import-of-food-produced-using-banned.html. Accessed: 31.10.2023. À la suite de la reconnaissance mutuelle des normes en matière de pesticides, il ne serait plus possible pour l’UE de les relever unilatéralement sans un processus de consultation avec le Canada. La norme ne pouvait plus être révoquée unilatéralement, sauf en violation du droit international. 59Résultats de l’opinion juridique du professeur Wolfgang Weiß, université de Spire: (Conséquences) Avis sur les pouvoirs réglementaires des organes des traités de l’AECG en ce qui concerne la reconnaissance mutuelle des SPS et des OTC des normes pertinentes. Prepared on behalf of Foodwatch International, 03.07. 2020. https://www.foodwatch.org/fileadmin/-DE/Themen/Freihandelsabkommen/2021-07_Rechtsgutachten_Prof_Weiss_CETA.pdf

Dans un échange de lettres avec l'organisation de protection des consommateurs Foodwatch, la Commission européenne a dû admettre que les dispositions du chapitre SPS, telles que les contrôles d'hygiène ou les accords sur les pesticides, étaient soumises à un règlement fédéral des différends. 60Foodwatch 2022. p. 30 Cela signifie qu’en cas de désaccord au cours de ce processus de consultation, l’organe de règlement des différends de l’AECG pourrait imposer des sanctions en cas de relèvement unilatéral des normes. Grâce à ce régime, il sera beaucoup plus difficile de relever les normes européennes à l'avenir, par exemple lorsque de nouvelles données scientifiques sur la nocivité des pesticides seront disponibles. Par conséquent, l’AECG pourrait geler les normes de l’UE à leur niveau actuel .

Le plan du gouvernement canadien visant à empêcher les États membres de l’Union de fixer unilatéralement leurs normes de protection au-dessus de celles de l’Union montre à quel point l’AECG vise à prévenir de futurs renforcements des normes de protection .

C’est ce qui ressort des documents préparatoires internes du gouvernement canadien préparés pour le débat au sein du comité SPS de l’AECG:

L’objectif est que les États membres de l’UE s’abstiennent de prendre des mesures unilatérales non fondées sur des données scientifiques, en particulier celles qui ne sont pas compatibles avec les décisions scientifiques prises au niveau de l’UE. 61Notes d’information internes du Canada pour le comité SPS de l’AECG, 26 et 27. mars 2018. p. 178/p. 182. https://www.foodwatch.org/fileadmin/-NL/CETA-scans.pdf Accessed: 20.04.2020.

Les «décisions scientifiques» semblent positives à première vue. En réalité, cependant, cela fait référence à l’approche «scientifique» de l’évaluation des risques habituelle au Canada et signifie en réalité un renversement de la charge de la preuve.

En d'autres termes: Au Canada, un produit est initialement autorisé à être mis sur le marché et ne peut être retiré du marché que s'il est scientifiquement prouvé qu'il est nocif.

La directive de l’UE relative à la sécurité générale des produits (DSGP) garantit que seuls des produits sûrs sont mis sur le marché. Aux termes de cette directive, « un produit est sûr s’il satisfait à toutes les exigences légales en matière de sécurité prévues par la législation européenne ou nationale » 62See https://commission.europa.eu/business-economy-euro/product-safety-and-requirements/product-safety/consumer-product-safety_en Accessed: 31.10.2023. – la sécurité d'un produit doit être démontrée avant d'être mis sur le marché. En outre, le TFUE établit un niveau élevé d’évaluation de la sécurité (article 191): « La politique de l’Union en matière d’environnement vise un niveau élevé de protection, en tenant compte de la diversité des situations dans les différentes régions de l’Union. » repose sur le principe de précaution. 63lac https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=celex:12016E191 Accessed: 31.10.2023. Les partenaires commerciaux nord-américains ne respectent pas le principe de précaution 64«The precautionary principle is an approach to risk management, where, if it is possible that a given policy or action might cause harm to the public or the environment and if there is still no scientific agreement on the issue, the policy or action in question should not be carried out. However, the policy or action may be reviewed when more scientific information becomes available. The principle is set out in Article 191 of the Treaty on the Functioning of the European Union (TFEU).» Voir: https://eur-lex.europa.eu/EN/legal-content/glossary/precautionary-principle.html. Accessed: 31.10.2023. et supposent souvent délibérément qu’il n’est pas scientifiquement fondé, ce qui crée une contradiction tactique entre un principe fondé sur la science et un principe de précaution visant à saper les normes de l’UE.

Manque de transparence

La Commission européenne ne tient pas sa promesse d'une transparence totale dans la politique commerciale européenne. La Commission publie les documents du Comité de l’AECG sur son site internet. 65Site web de la Commission européenne: https://policy.trade.ec.europa.eu/eu-trade-relationships-country-and-region/countries-and-regions/canada/eu-canada-agreement_en Accessed: 29.09.2023. Toutefois, à quelques exceptions près, les procès-verbaux détaillés des réunions du comité ne sont pas publiés, bien que l’une des premières décisions du comité mixte de l’AECG ait été l’adoption d’un règlement intérieur prévoyant des procès-verbaux et des rapports clairement détaillés. 66Règles de procédure, règle 9 de la Joint Cmt 2018: Règles de procédure du Comité mixte de l'AECG: https://www.international.gc.ca/trade-commerce/trade-agreements-accords-commerciaux/agr-acc/ceta-aecg/2018-10-rules-procedure-regles.aspx?lang=eng Accessed: 11.11.2021.

En réponse à une question écrite de Foodwatch demandant de plus amples informations à ce sujet, la Commission européenne n’a que très peu répondu et a déclaré que le comité mixte avait décidé de supprimer le «protocole». 67From email correspondence with DG Trade on 20.11.2020: «As regards your question about the reporting practice, for reasons of transparency it was agreed that after the first meeting of the CETA Joint Committee only one single joint report per committee meeting would be produced and made public. This practice has been followed since then by both the EU and Canada.» https://www.foodwatch.org/fileadmin/-INT/free-trade-agreements/documents/CETA_report_2022/Email_DG_Trade_aus_Annex_1_-_correspondence_with_Europ.Comission.pdf Accessed: 05.08.2022. Ces procès-verbaux détaillés, qui décrivent le déroulement exact des discussions, mais surtout documentent les plans, les décisions prises et les objectifs convenus, sont essentiels pour permettre à la société civile, aux chercheurs et aux analystes de suivre les travaux des organes. S’il n’est pas clair qui défend quelles positions dans les négociations sur la mise en œuvre de l’accord, l’AECG reste une «boîte noire» mystérieuse et opaque.

Les listes des participants aux réunions ne sont pas non plus accessibles. Cela est important pour aider la société civile à suivre dans quelle mesure les représentants du secteur ont participé en tant qu’experts aux différentes réunions du comité et ont apporté leurs intérêts. Le site web de la Commission ne contient pas non plus de présentations lors des réunions des commissions ni de documents d’information distribués. De même, des informations sur les décisions en préparation.

Toutes ces informations devraient être accessibles au public et sont nécessaires pour permettre à la société civile de suivre de manière critique et constructive la mise en œuvre de l’AECG. En outre, il est important de permettre un débat public sur les questions négociées. La transparence à l’appui du débat démocratique et de la participation est refusée aux citoyens et aux organisations non gouvernementales (ONG), y compris aux membres du groupe de suivi de la société civile de l’AECG, le groupe consultatif domestique (DAG). 68Since the signing of the EU-Korea trade agreement in 2011, all trade and sustainable development (TSD) chapters have had civil society advisory groups to monitor the chapter’s commitments. So far, however, they have had little political impact. Detailed information and analysis can be found in a 2020 study by the Friedrich-Ebert-Stiftung: http://library.fes.de/pdf-files/iez/17135.pdf Accessed: 02.12.2021.

Même les parlementaires sont restés à l'écart

Même les représentants élus au Parlement européen ne sont pas suffisamment informés de la mise en œuvre de l’AECG au sein des commissions – ils ont accès aux mêmes informations superficielles que le grand public. En outre, ils peuvent théoriquement demander des documents supplémentaires. Cependant, ils ne sont pas autorisés à partager ou à distribuer le contenu. Comme dans le cas du très controversé partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI) entre l’Union européenne et les États-Unis (un accord commercial qui a finalement été abandonné, principalement en raison du tollé du public et de la société civile), il existe une salle de lecture où les députés peuvent consulter des documents, mais ils ne peuvent pas emporter ou transcrire des documents de la salle. Cette approche rend impossible la participation démocratique de représentants légitimes. Le simple concept d'une salle de lecture aussi restreinte sape et contredit la responsabilité et la fonction de surveillance que les députés devraient avoir.

Le niveau d'information et de transparence est encore pire pour les parlementaires des États membres de l'UE, dont certains n'ont pas encore voté sur l'AECG. Dans certains pays, les parlementaires reçoivent les mêmes documents que leurs homologues du Parlement européen; Cependant, dans de nombreux pays, ils ont accès à encore moins d'informations.

Permettre la réduction des normes en matière de santé et d’autres normes – exemples

L’agriculture industrielle intensive est un moteur important du changement climatique et, par conséquent, les sujets débattus au sein des comités de l’AECG sur les SPS ou l’agriculture peuvent contribuer à ce que l’agriculture à forte intensité d’émissions bénéficie d’avantages commerciaux.

Exemple :
Le cas des inspections d'hygiène

Pour en revenir aux contrôles d'hygiène: Il est clair que la production et le commerce de viande sont extrêmement nocifs pour le climat (voir «Commerce de marchandises entre l’UE et le Canada» ). L'objectif déclaré de l'AECG est d'augmenter les exportations de viande. Ces exportations seront encouragées par une plus grande «flexibilité» dans l’interprétation des différentes normes. Cela concerne, par exemple, le contrôle des marchandises importées. Des contrôles efficaces de l'hygiène des denrées alimentaires sont essentiels pour protéger la santé des consommateurs. En ce qui concerne les contrôles sanitaires à l’importation de produits agricoles, le texte de l’AECG prévoit jusqu’à présent que les importations d’animaux vivants sont soumises à un contrôle à 100 %. Toutefois, le comité SPS compétent peut, à tout moment, recommander au comité mixte de modifier la fréquence des contrôles ou de reconnaître l’équivalence de différentes normes. 69Annexe 5-J de l’AECG, p. 116. http://data.consilium.europa.eu/doc/document/ST-10973-2016-ADD-3/de/pdf#page=59 Accessed: 20.01.2020. Cela signifie que les normes de contrôle pourraient effectivement être abaissées. En outre, l’accord dispose que les contrôles à l’importation «ne doivent pas restreindre les échanges plus qu’il n’est nécessaire». 70CETA Article 5.10 Import Checks and Fees. https://ec.europa.eu/trade/policy/in-focus/ceta/ceta-chapter-by-chapter/index_de.htm Accessed: 29.01.2020.

Il existe donc un risque que les décisions du comité mettent en péril le niveau des contrôles sanitaires dans l'UE et, partant, la protection de la santé des consommateurs de l'UE . La possibilité d’une nouvelle détérioration de la qualité des contrôles au titre de l’AECG est préoccupante. D'une part, bien sûr, parce que la santé animale est également importante en ce qui concerne les maladies transmissibles à l'homme. D'autre part, la réduction des contrôles de qualité pourrait entraîner une augmentation des échanges de viande, ce qui entraînerait à son tour une pression accrue sur le climat (voir «Commerce de marchandises entre l’UE et le Canada» ).

Des contrôles stricts sont également nécessaires pour empêcher l’importation de viande produite à l’aide de substances favorisant la croissance (par exemple, les hormones de croissance), qui sont interdites dans l’UE , mais autorisées au Canada. Depuis des décennies, le Canada tente de convaincre l'UE d'abandonner sa position stricte en matière de protection des consommateurs. Dès 1996, ils ont déposé une plainte auprès de l'OMC (à l'instar des États-Unis) contre la décision de l'UE d'interdire l'importation de viande provenant d'animaux d'élevage traités avec des hormones de croissance. 71Informations détaillées sur la dispute est disponible sur le site web de l'OMC: https://www.wto.org/english/tratop_e/dispu_e/cases_e/ds48_e.htm Accessed: 14.12.2023. La possibilité de modifier le niveau de protection reconnu par l’AECG n’est donc pas seulement un risque théorique, mais un risque très réel.

Les documents internes de la Commission européenne relatifs à la préparation de la réunion du comité SPS 2020 montrent que les deux parties sont disposées à se pencher sur la révision de l’annexe 5 C (Procédure de reconnaissance des conditions régionales: organismes nuisibles aux végétaux) et 5 E (section B: mesures phytosanitaires). 72Document de travail de la Commission européenne intitulé «Sanitary and phytosanitary (SPS) market access to Canada – preparation of the third SPS Committee under CETA» of 9 October 2020, reference Ares(2020)5411373. p. 4 et suiv. En particulier, cette dernière annexe pourrait présenter certains risques très graves. apporter des modifications en ce qui concerne les mesures phytosanitaires, y compris les pesticides. La Commission a écrit:

L'UE est prête à discuter avec le Canada des idées relatives à la révision de ces annexes en ce qui concerne les procédures réglementaires à suivre pour la révision des annexes. L'UE s'efforce de parvenir à un résultat susceptible d'inclure dans les annexes des mesures de facilitation des échanges dans le domaine phytosanitaire. 73Document de travail de la Commission européenne intitulé «Sanitary and phytosanitary (SPS) market access to Canada – preparation of the third SPS Committee under CETA» of 9 October 2020, reference Ares(2020)5411373. p. 4 et suiv.

Comme nous l'avons indiqué, cela signifierait une modification de l'accord CETA après sa ratification effective par le Parlement européen. D’autre part, la Commission européenne est à la recherche de «mesures de facilitation des échanges». Toutefois, la facilitation de facto des échanges signifie souvent que le respect de normes moins contraignantes et coûteuses doit être respecté et pourrait donc indiquer un possible abaissement des normes de sécurité élevées.

En outre, d’autres annexes de l’AECG sont actuellement vides, mais sont «remplies» par les organes. Cela se fait sans qu'un parlement puisse les approuver ou les rejeter, ni même examiner en détail leurs dispositions avant leur entrée en vigueur. Outre les annexes susmentionnées, il existe au moins quatre autres annexes à l’AECG . 74L'espèce Are: Annexe 5C PROCESS OF RECOGNITION OF REGIONAL CONDITIONS Animal diseases; Plant pests; Parts of ANNEX 5-D GUIDELINES TO DETERMINE, RECOGNISE AND MAINTAIN EQUIVALENCE Determination and Recognition of Equivalence; ANNEXE 5-E RECOGNITION OF SANITARY AND PHYTOSANITARY MEASURES SECTION B Mesures phytosanitaires; ANNEXE 5-H PRINCIPLES AND GUIDELINES TO CONDUCT AN AUDIT OR VERIFICATION; ANNEX 5-J IMPORT CHECKS AND FEES SECTION B Fees. Site web de la Commission européenne: https://ec.europa.eu/trade/policy/in-focus/ceta/ceta-chapter-by-chapter/ Accessed: 13.11.2021.

Exemple :
Le cas des pesticides

Comme indiqué ci-dessus, le comité SPS de l’AECG se penche régulièrement sur la question de la teneur maximale en résidus de pesticides (LMR). Il s’agit de la quantité maximale de résidus de pesticides pouvant subsister sur les denrées alimentaires lorsqu’un pesticide est utilisé conformément aux instructions figurant sur l’étiquette et qu’il n’est pas considéré comme dangereux pour la santé. Les LMR de l'UE font l'objet de critiques constantes de la part des représentants du gouvernement canadien et du lobby agricole canadien. Ils soutiennent que les LMR en Europe sont trop strictes, ce qui entraîne des restrictions à l’utilisation de certains pesticides considérés comme sûrs dans d’autres parties du monde. Selon eux, il s'agit d'un obstacle au commerce. L'UE, quant à elle, rappelle son attachement au principe de précaution. Cependant, il y a aussi une résistance au sein de l'UE à la législation stricte , et la critique canadienne est de l'eau au moulin de ces critiques.

Le débat sur les LMR a de nouveau joué un rôle important dans le rapport de la réunion du comité SPS de 2022.   Son affaiblissement semble être l'une des principales priorités du gouvernement canadien. 50 Cela est compréhensible, étant donné que les importations de pesticides dans l'UE en provenance du Canada n'ont cessé d'augmenter depuis l'application provisoire de l'AECG (voir «Les échanges de marchandises entre la  UE  et le Canada» pour les données et l'impact sur l'environnement) et est une branche commerciale importante du puissant lobby agricole canadien. En plus de critiquer les niveaux élevés de pesticides en général, les représentants du gouvernement canadien mettent particulièrement l'accent sur la réglementation prévue par l'UE des néonicotinoïdes, un groupe d'insecticides hautement efficaces et toxiques. Au Canada, ils sont largement utilisés dans la culture du maïs et du soja. Dans l’UE, ils ne peuvent être utilisés qu’avec une autorisation d’urgence (bien que la Cour de justice de l’Union européenne ait jugé en janvier 2023 que les semences ne peuvent pas être traitées avec des néonicotinoïdes dans l’UE ). 75NTV: CJUE: L'interdiction européenne des néonicotinoïdes est maintenue. Janvier 2023: https://www.n-tv.de/ticker/EuGH-EU-Verbot-gegen-Neonikotinoide-bleibt-bestehen-article23855311.html Accessed: 23.12.2023. Les dommages causés par l'utilisation de ces insecticides toxiques sont considérables, en particulier pour les pollinisateurs tels que les abeilles et les bourdons. C’est la raison pour laquelle le règlement proposé par l’UE vise à protéger les consommateurs et les pollinisateurs européens. Toutefois, ce régime envisagé est vivement critiqué et remis en question par le Canada au sein du comité SPS de l’AECG. Le Canada collabore sur cette question avec plusieurs grandes entreprises agricoles européennes. Dernière en décembre 2023, le groupe allemand Bayer a introduit une demande auprès de la Autorité de sécurité des aliments (EFSA) un assouplissement des limites maximales de résidus et des tolérances à l'importation pour les néonicotinoïdes . 76Site web de l’EFSA: https://www.efsa.europa.eu/en/efsajournal/pub/8423 Accessed: 23.12.2023. C'est clairement inquiétant , que la goutte constante use la pierre. 

Tracteur pulvérisant un champ

Photo : James Baltz / Unsplash.com

Exemple :
Le cas de la protection des forêts sous attaque

En fait, bon nombre de ces réunions d’organes sont utilisées pour torpiller l’action pour le climat. C'est ce qui s'est produit récemment dans le cadre du dialogue bilatéral sur les produits forestiers. La disparition des forêts, les incendies de forêt et la déforestation sont un problème majeur pour la protection du climat et la biodiversité dans le monde entier. Ce n'est pas différent au Canada et en Europe. Ces dernières années, le Canada a connu de graves incendies de forêt. Rien qu’en 2023, plus de la moitié de la superficie forestière de l’Allemagne a été incendiée (environ 18 496 051 hectares, voir figure 26). 77Site web du Centre canadien de lutte contre les incendies forestiers d'Interagency: https://www.ciffc.ca/ Accessed: 16.10.2023.

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Les forêts européennes souffrent aussi. C’est pourquoi, dans le contexte de la crise forestière mondiale, l’UE a élaboré un règlement sur les chaînes d’approvisionnement «zéro déforestation», qui vise à lutter plus efficacement contre la déforestation et à protéger les puits de carbone essentiels pour le climat. 78More information on the proposed regulation on deforestation-free products is available on the website of the EU Commission: https://environment.ec.europa.eu/topics/forests/deforestation/regulation-deforestation-free-products_en Accessed: 20.11.2023. Toutefois, dans le même temps, les échanges de bois et de produits dérivés entre l’UE et le Canada augmentent, comme indiqué dans la section «Les échanges de marchandises entre la  UE et le Canada» expliqué . Et maintenant, le Canada voit ses exportations de bois vers l'Europe menacées par la proposition de règlement de l'UE. Les représentants canadiens ont donc profité de la réunion du dialogue bilatéral sur les produits forestiers en 2022 pour s’attaquer directement à la proposition de règlement:

L'Union européenne a mis à jour sa Proposition de règlement relatif à des chaînes d’approvisionnement «zéro déforestation». Dans ce contexte, le Canada a fait part de ses préoccupations concernant la proposition de règlement de l'UE Il a souligné que, malgré le faible risque de déforestation du Canada, avoir le potentiel, perturber les exportations canadiennes de produits forestiers vers l'UE. 79Report of the meeting of the CETA Bilateral Dialogue on Forest Products, octobre 2022: https://www.international.gc.ca/trade-commerce/trade-agreements-accords-commerciaux/agr-acc/ceta-aecg/2022-10-20-forest-summary-forestiers-sommaire.aspx?lang=eng Accessed: 20.11.2023.

Mais il n'y a pas que le projet de règlement sur les chaînes d'approvisionnement «zéro déforestation» qui est une épine dans le pied des représentants canadiens. Les réformes prévues par l'UE en matière d'énergies renouvelables ont également été critiquées lors de la réunion:

L'UE a fourni des informations sur l'état d'avancement de la mise en œuvre de la directive sur les énergies renouvelables II et sur la proposition de modification de la directive sur les énergies renouvelables II. Le Canada s’est déclaré préoccupé par les modifications proposées, qui pourraient avoir une incidence sur les exportations canadiennes de biomasse ligneuse vers l’UE , et a invité l’UE à tenir compte de ses préoccupations dans la suite du processus de modification. 80Report of the meeting of the CETA Bilateral Dialogue on Forest Products, octobre 2022: https://www.international.gc.ca/trade-commerce/trade-agreements-accords-commerciaux/agr-acc/ceta-aecg/2022-10-20-forest-summary-forestiers-sommaire.aspx?lang=eng Accessed: 20.11.2023.

Il est donc clair que le CETA, avec son architecture de comité, fournit une plate-forme et un processus pour attaquer et éventuellement atténuer les réglementations (climatiques) indésirables. La structure de la commission offre la possibilité d’exercer un lobbying à huis clos contre les lois progressistes, étant donné que, comme indiqué ci-dessus, les réunions ne sont pas publiques et que peu d’informations sont publiées.

Politique de conception: Influence et accès privilégiés aux entreprises

Les lobbyistes d'entreprise disposent souvent de ressources financières et d'une expertise considérables dans la navigation et l'influence sur le paysage politique. Il en résulte un déséquilibre de pouvoir dans lequel les intérêts financiers des industries bien financées peuvent influencer de manière disproportionnée le contenu des lois. Cela peut conduire à une législation qui profite en premier lieu aux entreprises et non à l'intérêt public général.

En raison de la structure opaque des organes et de leur activité principalement dissimulée, l’AECG offre un canal idéal pour dissimuler l’influence et le lobbyisme des entreprises. Le manque de transparence peut rendre difficile le suivi de l’ampleur de l’influence des entreprises dans le développement de l’AECG. En général, ce sont les grandes entreprises qui disposent du personnel et des ressources nécessaires pour gérer le commerce international.

Exemple :
Le cas des organismes génétiquement modifiés

L’AECG constitue une menace potentielle pour les règles strictes applicables aux organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l’UE . Le gouvernement canadien s'engage activement en faveur d'une acceptation mondiale de la contamination par des plantes génétiquement modifiées non autorisées. En outre, par le passé, le Canada a contesté l'interdiction européenne des OGM et a déposé une plainte auprès de l'OMC en 2003. 81Plus d'informations sur le site de l'OMC: https://www.wto.org/english/tratop_e/dispu_e/cases_e/ds292_e.htm Accessed: 12.01.2024. À présent, le gouvernement canadien a invité des représentants de l'industrie du Canada et de l'UE à une réunion avant la réunion du dialogue bilatéral de l'AECG sur l'accès au marché des biotechnologies en 2020. Le gouvernement a expressément demandé des contributions, qu’il peut ensuite soumettre en exclusivité à la Commission européenne au sein du comité: 82Consumers’ rights organisation Foodwatchhas reported this in their report: «CETA – An attack on health, the environment, consumer protection and democracy», Berlin, septembre 2022. p. 26. https://www.foodwatch.org/en/5-years-of-ceta-new-foodwatch-report-gives-insight-into-the-trojan-trade-agreement-between-eu-and-canada. Accessed: 12.10.2023.

En outre, nous vous prions de bien vouloir nous fournir une description de tous les événements GM pour lesquels nous devons demander à la Commission une mise à jour de leur statut. Les événements GM que nous recevons seront consolidés et une liste sera mise à la disposition de l'UE avant le dialogue. S'il y a des événements GM considérés comme prioritaires, veuillez les mentionner, ainsi que les raisons pour lesquelles ils sont prioritaires, afin que nous puissions en informer la Commission européenne. Une description des avantages pour les agriculteurs/industries/plantes serait la plus utile. 83An email from the Canadian government to Canadian industry representatives as part of the 12th annual CAN-EU Biotech Dialogue Industry Consultation, 23.09.2020. Page 238. https://www.foodwatch.org/fileadmin/-DE/Themen/CETA/Report_DE/2022_CETA_Report_web.pdf. Accessed: 24.08.2022.

L'industrie livre! Sur la base des retours d’information des entreprises, le gouvernement canadien a formulé les messages clés suivants à l’intention de l’UE à l’occasion de la réunion de dialogue sur les biotechnologies de l’AECG en 2020:

Nous avons entendu dire que le processus de l'EFSA ralentit malgré les récentes initiatives visant à améliorer l'efficacité. Comme la majorité du monde a de plus en plus d'expérience dans l'évaluation des produits biotechnologiques, nous prévoyons que le processus prendra moins de temps. Comme vous le savez, nous craignons que ces retards n'entravent les échanges commerciaux entre le Canada et l'UE .

D'une part, le gouvernement canadien critique la lenteur des autorisations d'OGM par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Elle espère également que ces procédures seront accélérées, faute de quoi elle met en garde contre d'éventuelles restrictions commerciales.

À ce stade, l'industrie canadienne a manifesté son intérêt pour attirer votre attention sur deux caractéristiques spécifiques: l’un d’entre eux, qui est entré dans la phase d’évaluation des risques de l’EFSA depuis huit ans, Corteva (anciennement Pioneer), événement du colza DP73496 (EFSA-OCM-NL-2012). -109) et un deuxième, plus récent – colza NuSeed DHA, NS-B50027-4 (EFSA-OCM -NL-2019-160)

Ensuite, le gouvernement canadien soulève directement les intérêts de lobbying de l'industrie canadienne et demande:

Nous espérons que l'EFSA traitera ces demandes rapidement et dans le respect des délais réglementaires fixés. 8412th Canada-UE Biotech Market Issues Dialogue 21 October 2020: Note d'information interne Canada. p. 20. Télécharger: https://www.foodwatch.org/fileadmin/-DE/Themen/CETA/Report_DE/2022_CETA_Report_web.pdf Accessed: 18.10.2023.

Il est évident que les comités de l'AECG se réunissent en privé et sont influencés par les préoccupations des lobbys industriels canadiens et européens. Ces partis bénéficient d'un traitement préférentiel et de la possibilité de faire valoir leurs intérêts dans les négociations, tandis que d'autres groupes d'intérêt, y compris les défenseurs des consommateurs et même les parlementaires élus, sont exclus des discussions.

Nourrir les vaches laitières

Photo : Scott Bauer / Wikimedia.org

Exemple :
Le cas des sables bitumineux

Bien que l'exemple ci-dessus soit le lobby des OGM, l'industrie des combustibles fossiles sera certainement très similaire. Le pouvoir et les efforts du lobby des combustibles fossiles pour réglementer ont un impact significatif et largement reconnu sur les politiques gouvernementales et les réglementations environnementales. Les entreprises de combustibles fossiles, y compris les producteurs de pétrole, de gaz naturel et de charbon, ont eu un impact significatif sur le paysage réglementaire en raison de leur influence économique, de leur influence politique et de leurs activités de lobbying à grande échelle dans le passé. Les Comités de l'AECG sont pour eux une porte d'entrée bienvenue pour poursuivre cet accès et cette influence entrepreneuriales.

Le pouvoir du lobby canadien des combustibles fossiles a déjà été mis en évidence lors des négociations de l'AECG. Au cours de cette période, les compagnies pétrolières ont réussi à atténuer considérablement la directive européenne sur la qualité des carburants. La directive de l’Union européenne sur la qualité des carburants (DQF) est un cadre réglementaire important pour améliorer la qualité des carburants utilisés dans l’Union . Entré en vigueur en 2009, le FQD vise à réduire l'intensité de CO2 des carburants de transport, à atténuer le changement climatique et à promouvoir un avenir énergétique plus durable. La directive traite à la fois des combustibles fossiles conventionnels et des combustibles de substitution et établit des normes strictes pour promouvoir des sources d’énergie plus propres et plus efficaces. 85The text of the FQD is available on the website of the EU Commission: https://climate.ec.europa.eu/eu-action/transport/fuel-quality_en Accessed: 23.12.2023.

Bien que cela semble positif, cela a déjà été limité dans le processus législatif. Il s'agit d'huiles de sables bitumineux qui sont extraites et exportées à grande échelle du Canada. Sables de goudron sont la source de pétrole la plus gourmande en carbone et ont un impact beaucoup plus important sur l'environnement que le pétrole brut traditionnel. La recherche suggère que l'extraction et le raffinage des sables bitumineux à 23 % les émissions de gaz à effet de serre sont supérieures à la moyenne des combustibles fossiles dans l’UE . 86War on Want: CETA: The toxic EU-Canada trade deal. Novembre 2016: https://waronwant.org/sites/default/files/CETA%20brief%2C%20newer%20Brexit%20version.pdf Accessed: 23.12.2023. Néanmoins, les émissions importantes de pétrole provenant des sables bitumineux ne sont pas prises en compte dans la directive sur la qualité de l’air.

La pression Le gouvernement canadien et le lobby canadien des combustibles fossiles y ont probablement contribué. Ils ont utilisé les négociations de l'AECG comme plate-forme et base de négociation pour inciter l'UE à affaiblir sa directive. En fait, le gouvernement canadien lui-même a investi environ 27 millions d'euros. pour exploiter publiquement les sables bitumineux. Ceux-ci comprenaient: Selon des documents gouvernementaux, d’autres activités de sensibilisation ont également été menées, y compris des recherches visant à soutenir le lobbying canadien contre la directive de l’UE sur la qualité des carburants. 87Martin Lukacs dans: The Guardian: Revealed: Canadian government spent millions on secret tar sands advocacy. août 2015. https://www.theguardian.com/environment/true-north/2015/aug/11/canadian-government-spent-millions-on-secret-tar-sands-advocacy Accessed: 23.12.2023.

À ce jour, les producteurs de pétrole canadiens profitent du fait que l’UE a renoncé à durcir la directive sur la qualité des carburants dans le cadre des négociations de l’AECG. Cela aurait effectivement empêché la vente de pétrole à partir de sables bitumineux dans l’UE . 88Christelle Guilbert: EU opens door to Canada’s dirty oil. 11.05.2017: https://www.euractiv.com/section/ceta/news/eu-opens-door-to-canadas-dirty-oil/ Accessed: 23.12.2023. Il s’agit d’une occasion manquée très importante pour la lutte contre le changement climatique et d’un exemple de la manière dont le lobby des combustibles fossiles fait valoir ses intérêts par l’intermédiaire de l’accord commercial CETA . 89Christelle Guilbert: EU opens door to Canada’s dirty oil. 11.05.2017: https://www.euractiv.com/section/ceta/news/eu-opens-door-to-canadas-dirty-oil/ Accessed: 23.12.2023.

Ce qui est encore plus inquiétant, c'est qu'il sera très difficile pour l'UE de renforcer la DQF à l'avenir et, le cas échéant, d'inclure les sables bitumineux. Une fois que l’AECG (avec ses tribunaux arbitraux) est pleinement entré en vigueur, les entreprises canadiennes pourraient faire valoir qu’il y a «discrimination» lorsque l’UE établit une distinction a posteriori entre le calcul de l’intensité des émissions de gaz à effet de serre des carburants produits à partir d’huiles conventionnelles et ceux produits à partir d’huiles non conventionnelles, telles que les sables bitumineux , dont la plupart proviennent du Canada. En conséquence, une entreprise canadienne pourrait engager une procédure d'arbitrage en matière d'investissement et réclamer des dommages et intérêts (voir « Investissements : Flux, actions et protection» ). La même conclusion a été tirée d'une expertise du Bundestag allemand, qui s'est penchée sur cette question. Il a également indiqué que cette prétendue discrimination pouvait être justifiée par référence à des objectifs environnementaux. 90Le Bundestag allemand, sous-section Europe: Élaboration: Incidence de l’accord économique et commercial global (AECG) sur les dispositions de la directive de l’UE sur la qualité des carburants 2009/30/CE. 2016: https://www.bundestag.de/resource/blob/405394/68a781ac75465a66932367138b038749/PE-6-190-14-pdf.pdf Accessed: 23.12.2023. Toutefois, à la lumière des arrêts rendus jusqu’à présent, on peut se demander si un tribunal arbitral accepterait le droit de l’Union de prendre des mesures pour lutter contre le changement climatique de cette manière.

Vue aérienne de la raffinerie de pétrole de Tarsands

Photo : Kris Krüge / Flickr.com

En bref

Ce chapitre du rapport examine le lien complexe entre les accords commerciaux, les normes et l’action pour le climat dans l’AECG.

La discussion porte sur la structure de l’AECG, qui met l’accent sur l’élimination des obstacles non tarifaires au commerce. Les différents organes jouent un rôle décisif dans le développement continu. Les droits étendus des commissions et leur influence sur la prise de décision suscitent des inquiétudes quant au déficit démocratique. Les commissions peuvent même modifier l'accord sans la participation du Parlement européen.

La reconnaissance mutuelle des normes pourrait potentiellement geler ou affaiblir les règles de protection et les décisions des comités de l’AECG et limiter la capacité de l’UE à relever unilatéralement les normes. En outre, le manque de transparence au sein des organes de l’AECG est préoccupant. Les procès-verbaux détaillés ne sont pas facilement disponibles et les informations importantes sur les participants et les décisions manquent.

L’incidence potentielle de l’AECG sur les normes de l’UE, l’autonomie et le principe de précaution en matière de protection de l’environnement et des consommateurs est alarmante. Le gouvernement canadien pourrait même tenter d’empêcher les États membres de l’Union de fixer des normes de protection plus élevées que dans l’Union .

Il existe plusieurs exemples de risques et de défis potentiels liés à l’AECG, notamment son incidence sur les normes sanitaires et environnementales dans des domaines tels que les exportations de viande, les pesticides, la protection des forêts, les OGM et les combustibles fossiles:

L'AECG vise à stimuler les exportations de viande, ce qui pourrait compromettre les objectifs climatiques. Une conception flexible des normes, en particulier en ce qui concerne les inspections sanitaires, peut réduire les normes de contrôle des marchandises importées et présenter des risques pour la santé humaine et animale.

Dans le même temps, les débats en cours au sein du comité SPS de l’AECG se concentrent sur les limites maximales de résidus (LMR) de pesticides. Les représentants canadiens affirment que les LMR européennes sont trop strictes et affectent les échanges. Le Canada tente d'influer sur la réglementation de l'UE sur les néonicotinoïdes, ce qui pourrait avoir des conséquences sur l'environnement.

Le dialogue bilatéral sur les produits forestiers de l’AECG sera utilisé pour remettre en question les règles de l’UE relatives aux chaînes d’approvisionnement «zéro déforestation». Le Canada s’inquiète de la proposition de règlement de l’UE, qui pourrait avoir une incidence négative sur les exportations canadiennes de produits forestiers.

L'AECG constitue une menace pour les règles de l'UE organismes génétiquement modifiés (OGM). Le gouvernement canadien s'engage activement pour que les contaminations génétiquement modifiées illicites soient acceptées dans l'UE. Des représentants de l'industrie sont invités à apporter leur contribution et à formuler des messages clés pour le dialogue sur les biotechnologies de l'AECG.

Le lobby des combustibles fossiles, en particulier au Canada, a fortement influencé la directive de l'UE sur la qualité des carburants lors des négociations de l'AECG. Le pétrole produit à partir de sables bitumineux, qui a un impact plus important sur l'environnement, n'est pas suffisamment pris en compte dans la directive. Les efforts de lobbying du gouvernement canadien et de l'industrie des combustibles fossiles au cours des négociations de l'AECG pourraient entraver les efforts futurs visant à renforcer les règles en matière de changement climatique.

Investissements: Flux de capitaux, actions et protection

Le chapitre 8 de l’AECG définit des mesures visant à libéraliser les investissements entre l’UE et le Canada et à protéger les investissements contre les réglementations gouvernementales que les investisseurs étrangers pourraient considérer comme préjudiciables à leurs bénéfices. Toutefois, les sections du chapitre sur la protection des investissements n’entreront en vigueur qu’une fois que la ratification de l’AECG aura été achevée dans tous les États membres de l’UE, ce qui n’est pas encore le cas. En revanche, les sections relatives à la libéralisation des flux d’investissement entre l’UE et le Canada sont déjà appliquées depuis l’application provisoire de l’AECG en septembre 2017 .

Les dispositions du chapitre 8 suppriment plusieurs obstacles aux investissements directs étrangers (IDE), tels que les exigences en matière de performance, qui lient les autorisations au transfert de technologies vertes ou aux processus de production respectueux de l’environnement. La principale lacune du chapitre est qu’il ne contient pas de dispositions obligeant les partenaires à coopérer sur les critères liés au climat pour les entrées et les sorties d’investissements directs étrangers bilatéraux . Une telle forme avancée d’évaluation des investissements environnementaux, dans le cadre de laquelle les flux bilatéraux d’IDE sont contrôlés en fonction de leurs incidences sur l’environnement et le climat, constituerait un élément important d’un accord de commerce et d’investissement véritablement respectueux de l’environnement. 91See, for instance: António Cardoso Marques/Rafaela Caetano: L'impact de l'investissement direct étranger sur les objectifs de réduction des émissions: Evidence from high- and middle-income countries, Structural Change and Economic Dynamics, vol. 55, 2020, p. 107 à 118: https://doi.org/10.1016/j.strueco.2020.08.005

Les flux d'IDE entre l'UE et le Canada ont été assez volatils ces dernières années. Alors que les flux d’investissement bilatéraux ont considérablement augmenté en 2018, ils ont été considérables l’année suivante, en 2019. Désinvestissements, en particulier les investissements directs canadiens dans l’UE (Figure 27).

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Ces cessions ont également eu une incidence sur le stock d’investissements directs étrangers des deux côtés de l’Atlantique. Après une augmentation en 2018, les stocks d’IDE ont diminué pour atteindre les niveaux observés au cours des années précédant la mise en œuvre de l’AECG (ce qui est particulièrement visible pour les IDE de l’UE au Canada, où les données d’Eurostat sont moins lacunaires que pour les IDE canadiens dans l’UE ) (graphique 28). ).

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Les investissements directs étrangers transitent par les paradis fiscaux de l'UE

L'une des particularités des investissements de l'UE au Canada est l'importance des deux plus grands paradis fiscaux de l'UE, les Pays-Bas et le Luxembourg. La plupart des investissements de l'UE au Canada et des investissements canadiens dans l'UE passent par les Pays-Bas ou le Luxembourg (graphique 29).

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Les deux pays de l'UE offrent aux sociétés transnationales la possibilité de créer des entités à vocation spéciale (SPE), ce qui permet un transfert de bénéfices des pays bénéficiaires d'IDE vers les SPE aux Pays-Bas et au Luxembourg, réduisant ainsi leur charge fiscale. Le rôle important joué par les paradis fiscaux dans les investissements directs étrangers entre l’UE et le Canada témoigne d’énormes pertes fiscales tant pour le Canada que pour les États membres de l’UE. 92Arjan Lejour: Good tax practices in the fight against tax avoidance – The signalling role of FDI data, Parlement européen, DG for Internal Policies, novembre 2013: https://www.europarl.europa.eu/thinktank/fr/document/IPOL_IDA(2023)754198 Par exemple, les recettes de l’impôt sur les sociétés actuellement perdues en raison du transfert de bénéfices pourraient être utilisées pour financer la transition énergétique si l’AECG: contient des dispositions appropriées pour mettre un terme à ces formes d’évasion fiscale des entreprises.

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Les graphiques 30 et 31 donnent un aperçu plus détaillé des secteurs canadiens qui reçoivent des investissements directs étrangers des deux principaux pays investisseurs de l’UE, à savoir les Pays-Bas et le Luxembourg. Il apparaît que les principaux secteurs qui reçoivent des investissements des deux paradis fiscaux de l’UE sont la gestion des entreprises, l’industrie manufacturière, le commerce de gros, l’exploitation minière/pétrole et le gaz, ainsi que le secteur financier. Étant donné que l'immense secteur de la gestion est susceptible d'investir des sommes considérables par l'intermédiaire de sociétés de capital-investissement et d'autres instruments, il n'est pas possible d'identifier les différents secteurs qui relèvent de ce titre large et reçoivent en fin de compte les fonds européens. Un examen des investissements directs canadiens dans l’UE a révélé que le Luxembourg était le principal bénéficiaire des investissements, suivi des Pays-Bas. Les principaux secteurs recevant des capitaux canadiens dans ces deux pays sont la finance et la gestion, ainsi que les mines/pétrole et gaz (graphiques 32 et 33).

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Les secteurs clés qui reçoivent des investissements canadiens et européens soulignent les risques climatiques spécifiques de ces flux bilatéraux de capitaux. Les investissements dans l’industrie manufacturière à forte intensité énergétique ou dans les secteurs minier, pétrolier et gazier présentent des risques importants pour la réalisation des objectifs climatiques des deux partenaires. L’absence d’un mécanisme de vérification de l’AECG ciblant les flux de capitaux dans les secteurs à fort impact climatique devrait donc être une préoccupation particulière pour les décideurs politiques.

La forte proportion d’investissements transitant par des paradis fiscaux dans l’UE est tout aussi préoccupante. Ces flux de capitaux réduisent les recettes fiscales indispensables pour soutenir la transition énergétique. Une révision de l’AECG devrait donc inclure des mesures ciblées visant à éliminer les possibilités de transfert de bénéfices et d’évasion fiscale offertes par les paradis fiscaux de l’UE.

L'ICS permettra des actions en justice contre l'action pour le climat

L’AECG est en grande partie appliqué à titre provisoire depuis septembre 2017, à quelques exceptions notables près. Cela est principalement dû au fait que certaines de ses dispositions relèvent de la «compétence mixte» et ne peuvent donc entrer en vigueur qu’après la ratification de l’accord par les parlements de tous les États membres de l’Union. Les dispositions les plus connues sont celles relatives à la protection des investissements, c'est-à-dire au droit des entreprises. Dans l'AECG, ceux-ci sont clarifiés par le système juridictionnel des investissements. Ce système permet aux entreprises, aux États d'intenter une action en dommages et intérêts d'un montant de plusieurs milliards de Les décisions réduisent leurs profits.

Ces droits des entreprises et le mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États (RDIE) mis en place pour les faire respecter ont gagné en notoriété ces dernières années, à juste titre. L’AECG contient une version modifiée du RDIE, le système des tribunaux d’investissement (ICS). Toutefois, l’ICS réformé reste aussi risqué que son prédécesseur, l’ISDS, et bon nombre des plaintes déposées jusqu’à présent par l’intermédiaire de l’ISDS pourraient également être déposées dans le cadre révisé de l’ICS . 93Lac Nelly Grotefendt, Alessa Hartmann; PowerShift, Forum sur l’environnement et le développement (Ed) «Under Pressure: Par des recours collectifs contre la protection de l’environnement». Berlin, janvier 2019. https://power-shift.de/wp-content/uploads/2019/01/Under-Pressure-Mit-Konzernklagen-gegen-Umweltschutz-web.pdf Accessed: 06.10.2023.

Boîte 5:
Comparaison entre l’ISDS et l’ICS – Vieux vin en bouteille neuve 94For more Information on ICS and ISDS see: Eberhardt, Pia, et al. «Le CETA-Trading away democracy (septembre 2016) How CETA’s investor protection rules could result in a boom of investor claims against Canada and the EU.» https://corporateeurope.org/sites/default/files/ceta-trading_away_democracy-2016en.pdf Accessed: 14 juin 2021; and Bonnitcha, J., & Brewin, S. (novembre 2020). Compensation under investment treaties. Institut international pour le développement durable. https://www.iisd.org/system/files/publications/compensation-treaties-best-practicies-en.pdf Accessed: 14.06.2021

Graphique de tableau

Ce mécanisme ICS sape l’application juste et équitable de l’état de droit. Il nuit à la capacité des États à protéger l'environnement et les droits des consommateurs et des travailleurs, limite le pouvoir des parlements élus et reverse de grandes quantités d'argent des contribuables aux entreprises. L’ancrage et l’accent mis par l’AECG sur les droits des entreprises entravent également les progrès en matière de protection du climat: Par exemple, les investisseurs importants peuvent utiliser le mécanisme ICS pour: assurer le fonctionnement continu des gazoducs, des terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) ou l’extraction de combustibles fossiles et d’autres matières premières, en dépit de l’intérêt public évident à l’abandon progressif des combustibles fossiles.

De telles allégations peuvent entraver l’élaboration des politiques et dissuader les décideurs de poursuivre des actions en faveur de l’environnement et du climat dans l’intérêt public, ce qui pourrait donner lieu à des différends dans le cadre de l’AECG . 95Polonskaya, Frivolous Claims in the International Investment Regime: How CETA Expands the Range of Frivolous Claims that May be Curtailed in an Expedient Fashion, 17 Aper Rev. Int’l Bus. & Trade L. 1, 2017, p. 11; Tienhaara et al., op. cit. 6), p. 703. En octobre 2023, sur un total de 1 257 cas connus, au moins 246 cas de RDIE liés aux combustibles fossiles ou à l’exploitation minière avaient été traités. 96Thèse figures are calculations from the UNCTAD Investment Dispute Settlement Navigator: https://investmentpolicy.unctad.org/investment-dispute-settlement Accessed: 11.10.2023. Cela signifie qu'au moins un cas sur cinq de RDIE s'est produit dans des secteurs sensibles à l'environnement et a souvent visé des tentatives de les réglementer avec ou par l'ordre public. En outre, dans son dernier rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a souligné que les droits d’action des entreprises constituent un obstacle à la transition énergétique. 97Rapport mondial sur le climat 2022, 6. Rapport sur l’état d’avancement des travaux «Climate Change 2022/2023» Groupe de travail 3, chapitre 14, p. 1506.

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Ce problème est désormais largement reconnu et des efforts sont déployés à différents niveaux pour y remédier. Plus récemment, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a lancé un processus visant à examiner comment réduire au minimum le risque que représente le RDIE pour la politique climatique. Une solution possible qui sera discutée est une exception à la politique climatique du RDIE, afin que les pays ne soient pas empêchés de mettre en œuvre une politique climatique progressiste. 98Joshua Paine et Elizabeth Sheargold: A Climate Change Carve-Out for Investment Treaties in: Journal of International Economic Law, volume 26, numéro 2, juin 2023, pages 285-304: https://academic.oup.com/jiel/article/26/2/285/7071568 Accessed: 16.11.2023. L'idée n'est pas nouvelle, 99Prof. Gus van Harten already tabled this idea in 2015: Van Harten, Gus, An ISDS Carve-Out to Support Action on Climate Change (Septembre 20, 2015). Osgoode Legal Studies Research Paper No. 38/2015, Available at SSRN: https://ssrn.com/abstract=2663504 Accessed: 16.11.2023. Mais le fait que l'OCDE lance maintenant le processus officiel montre la nécessité de s'attaquer à ce problème. , et montre peut-être aussi la dynamique politique actuelle en faveur d'un tel changement. CETA en revanche, ses accords de protection des investissements sapent précisément ces efforts.

Encadré 5:
Gabriel Resources vs. Roumanie

Gabriel Resources, une société minière canadienne, réclame à l'État roumain une indemnisation de 6,5 milliards de dollars (6,2 milliards d'euros) 100Gabriel Resources asks USD 6.5 billion from Romania in gold mine project lawsuit: https://www.romania-insider.com/gabriel-resources-damages-lawsuit-romania Accessed: 06.10.2023. ayant pour objet un recours contre un projet de mine d’or à Roşia Montană, en Transylvanie. Ce montant représente plus de 2 % du produit intérieur brut de la Roumanie en 2022. 101https://de.statista.com/statistik/daten/studie/270712/umfrage/bruttoinlandsprodukt-bip-in-rumaenien Accessed: 06.10.2023.

Si le projet de mine était réalisé, il deviendrait la plus grande mine d'or à ciel ouvert d'Europe. Pour gagner de l'or, il faudrait extraire et affiner d'énormes masses rocheuses. Pour ce faire, 12 à 15 millions de kilogrammes de cyanure, une substance chimique extrêmement nocive, seraient épandus et libérés dans l’environnement. L'utilisation du cyanure est une question très controversée, car en cas d'accident, il peut pénétrer dans l'eau potable et la contaminer, ce qui a de graves conséquences pour la population locale et la faune.

En juillet 2015, Gabriel Resources a déposé une demande d'arbitrage contre la Roumanie auprès du CIRDI (Centre international de la Banque mondiale pour le règlement des différends en matière d'investissements). 102Henry Lazenby: Gabriel Resources files international arbitration suit against Romania. À l’adresse suivante: Mining Weekly, 22.07.2015, http://www.miningweekly.com/print-version/canadas-gabriel-resources-files-international-arbitration-suit-against-romania-2015-07-22 La société réclame des dommages et intérêts au titre de l’accord bilatéral d’investissement conclu par la Roumanie (TBI) avec le Canada et le Royaume-Uni. La plainte déposée par Gabriel Resources porte sur la clause Fair and Equitable Treatment (FET). De manière générale, le terme «équitable et équitable» est largement utilisé par les investisseurs. En outre, l’entreprise reproche une violation des dispositions relatives à l’«expropriation indirecte» et à la «discrimination». 79 À la mi-septembre 2023, il a été annoncé que le verdict devrait être rendu dans les six prochains mois. 103Gabriel Resources: Press release: Gabriel files for international arbitration against Romania, 21. 07.2015, p. 3. En mi-septembre 2023, it was announced that the verdict would be reached within the next six months.104Gabriel Resources asks USD 6.5 billion from Romania in gold mine project lawsuit https://www.romania-insider.com/gabriel-resources-damages-lawsuit-romania Accessed: 06.10.2023.

L’AECG pourrait donner lieu à des actions similaires, étant donné que le système des tribunaux d’investissement (ICS) n’est pas parvenu à atténuer efficacement les clauses pertinentes relatives au «traitement juste et équitable», ainsi qu’à l’expropriation (indirecte) et à la discrimination, invoquées par Gabriel Resources dans son document.

Cette préoccupation est étayée par les actions en justice intentées par Christophe Bondy, ancien négociateur en chef du gouvernement canadien en matière d’investissement lors des négociations de l’AECG, qui travaille désormais pour le secteur privé (Ruby River Capital) et représente les plaignants qui poursuivent en justice son ancien employeur public. Dans la procédure de RDIE que Ruby River Capital a déposée contre le Canada dans le cadre de l'accord de l'ALENA, Bondy utilise la terminologie similaire à l'AECG autour du traitement juste et équitable pour s'attaquer à l'évaluation des incidences sur l'environnement qui a permis à la société d'obtenir l'approbation du RDIE. terminal d'exportation de gaz naturel liquéfié. La société qu'il représente réclame actuellement 20 milliards de dollars en compensation de la politique climatique tournée vers l'avenir de l'État du Québec. 105For more information on the case see: Scott Sinclair: Toxic Legacy: Énergie Saguenay, Action pour le climat et arbitrage d'investissement. An international LNG company’s record-breaking NAFTA lawsuit against Canada confirms the dit threat of investor-state dispute settlement to climate action. 2023.

Image d'une mine ouverte à Roşia Montană, Roumanie

Une mine ouverte à Roșia Montană, Roumanie. Photo : Cristian Bortes / Flickr.com

Potentiel de contentieux pétrolier et gazier au titre de l’AECG

Les entreprises canadiennes ont réalisé d'importants investissements dans les compagnies pétrolières et gazières de l'Union européenne, ce qui leur donne un intérêt légitime à poursuivre leurs activités. À l’heure actuelle, douze entreprises canadiennes sont actives dans l’industrie pétrolière et gazière de l’UE, dont huit produisent déjà du pétrole et du gaz en 2021. 106Plus d'informations: Emma Jacoby, PowerShift e.V. (Ed) Protection des investisseurs et actions collectives malgré la crise climatique? Le CETA, l'ECT et l'environnement ne sont pas verts. Berlin, septembre 2021. https://power-shift.de/wp-content/uploads/2021/09/Investorenschutz-und-Konzernklagerechte-trotz-Klimakrise-web.pdf Accessed: 06.10.2023. Dans la plupart des cas, des capitaux importants sont investis avant l'extraction de pétrole ou de gaz. 4,2 milliards d’euros ont été investis dans le développement du gisement de gaz Corrib en Irlande, principalement détenu par deux investisseurs canadiens, Plan de pension du Canada (CPP) et Vermilion. 107DeRochie, Patrick & Scott, Adam (05.10.2020). Canada Pension Plan fuels the climate crisis with our own retraitment savings. Observateur national du Canada. Pour dans le cas où l’AECG serait ratifié et où le gouvernement irlandais imposerait à l’avenir des règles plus strictes en matière de climat, telles qu’une interdiction ou une limitation de la production, le CPP et Vermilion pourraient intenter une action en justice contre le gouvernement pour réclamer une indemnisation au titre de l’AECG . Patrick Costello, député du parti des Verts, a porté une affaire devant la Cour suprême d'Irlande, arguant que la ratification de l'AECG nécessiterait un référendum pour approuver la modification de la Constitution irlandaise, qu'il considère comme contraire à l'AECG. En novembre 2022, la Cour suprême irlandaise a statué en sa faveur et a conclu, à la majorité, que la ratification de l’AECG constituerait une violation de la Constitution irlandaise en raison des droits de règlement des différends entre investisseurs et États prévus dans l’accord. Toutefois, une autre partie de l'arrêt a mis en évidence une issue possible à ce dilemme en modifiant certaines lois nationales et il reste à voir si le gouvernement irlandais s'engagera dans cette voie. 108Plus d'informations: Éamonn Conlon (Éamonn Conlon SC Arbitration & ADR): Supreme Court Blocks Ireland Ratifying CETA. January 30, 2023: https://arbitrationblog.kluwerarbitration.com/2023/01/30/supreme-court-blocks-ireland-ratifying-ceta Accessed: 14.12.2023.

Dans le passé, 65 plaintes ont été déposées contre des pays étrangers par des entreprises canadiennes. 109According to UNCTAD dates as of 31 December 2022, see https://investmentpolicy.unctad.org/investment-dispute-settlement Accessed: 31.10.2023. En outre, le potentiel de contentieux au titre de l’AECG ne se limite pas au Canada et à l’UE . En effet, des entreprises américaines de renom, telles qu’Exxon Mobil Corporation, représentées à la fois en Europe et au Canada, pourraient intenter des poursuites ICS au titre de l’AECG . 110Bundestag allemand (2016): Entreprises américaines au Canada dans le cadre de l'accord de libre-échange CETA: https://www.bundestag.de/resource/blob/434760/922d9466d6502e1a4e135406458cf470/WD-5-049-16-pdf-data.pdf Accessed: 24 mai 2023; Vermilion Energy (2021): Nos opérations, http://en.vermilionenergy.de/our-operations/overview-operations.cfm Accessed: 24.05.2023.

Une politique climatique efficace en Europe réduirait sans aucun doute les bénéfices des compagnies pétrolières et gazières ainsi que d'autres activités commerciales préjudiciables au climat. Si les gouvernements européens prenaient de telles mesures pour lutter contre le changement climatique, cela pourrait potentiellement conduire à des cas d’ICS dans le cadre de l’AECG . Alternativement, les gouvernements ne pourraient pas prendre de mesures à leur encontre par crainte de l'impact financier des jugements de l'ICS, ce qui aurait un impact extrêmement négatif sur le climat.

Encadré 6: Déclaration interprétative de
AECG – Suppression des engagements en matière de climat

À l’automne 2022, l’accord CETA devrait être ratifié par le Bundestag allemand. Les problèmes et les préoccupations climatiques ont de nouveau attiré l'attention dans ce processus. Pour obtenir une majorité, l'approbation des députés verts du pays était nécessaire. Auparavant, les Verts avaient annoncé leur intention de rejeter l’accord CETA . Pour répondre à ses préoccupations, la Commission européenne a élaboré une «déclaration interprétative» afin d’expliquer les questions controversées relatives aux normes de protection des investissements et de renforcer les dispositions fragiles de l’accord en matière de climat. 111Projet de déclaration interprétative de l’AECG en septembre 2022: https://www.gerechter-welthandel.org/wp-content/uploads/2022/09/20220905_Draft-Decision-and-Declarations_CETA.pdf Accessed: 18.10.2023. Les Verts ont subordonné leur approbation à ce texte et ont conduit à la ratification de l’accord CETA par le Bundestag en décembre 2022.

Toutefois, la Commission a dû clarifier la déclaration interprétative avec les autres États membres de l’UE et leur partenaire contractuel, le Canada. Le processus de clarification s’est achevé dans le courant de l’année 2023, sans la participation des parlementaires. Par la suite, le texte final divulgué a révélé que presque toutes les références à des accords plus contraignants en matière de climat avaient été supprimées. 112ETA Interpretative Declaration as of July 2023: https://power-shift.de/wp-content/uploads/2023/09/LEAK-PowerShift-Zusatzerklaerung-CETA.pdf Accessed: 18.10.2023. Il semble que le Canada ait joué un rôle clé dans cet assouplissement de la déclaration, comme le montrent les rapports de télégrammes divulgués par la Commission aux États membres. 113Compte rendu de la réunion du comité de la politique commerciale (services et investissements) du 19 juillet 2023, p. 9. Cela montre une fois de plus le manque d’intérêt des parties à s’engager davantage dans la lutte contre le changement climatique par le commerce. Le texte a été approuvé par les États membres au sein du Conseil et adopté en tant que décision par le comité mixte en février 2024.

L’incohérence de l’UE – Il est temps de mettre fin aux droits exclusifs des entreprises!

Ces droits des entreprises semblent obsolètes dans le contexte de l’AECG . Enfin, l’UE et le Canada disposent tous deux de leurs propres tribunaux nationaux, que les entreprises internationales peuvent utiliser à tout moment, à l’instar des investisseurs nationaux qui ne bénéficient pas de la voie exclusive de l’ICS. En outre, le Canada a renégocié un nouvel accord commercial reliant les trois pays nord-américains (États-Unis, Mexique et Canada – USMCA), anciennement connu sous le nom d’ALENA. Ce nouvel accord ne prévoit plus de RDIE, du moins pas entre le Canada et les États-Unis. Lors d’une conférence de presse en 2018, Chrystia Freeland, alors ministre canadienne du commerce, a expliqué les raisons de cette exclusion: 114Premier ministre Trudeau et ministre Freeland deliver remarks on the USMCA: https://www.youtube.com/watch?v=UROrmufEVD4, Minute 15:39 à 16:16. Accessed: 19.10.2023.

Il a coûté plus de 300 millions de dollars d'amendes et de frais juridiques aux contribuables canadiens. Le RDIE renforce les droits des entreprises vis-à-vis des gouvernements souverains. En l'abolissant, nous avons renforcé le droit de notre gouvernement à réglementer dans l'intérêt public et à protéger la santé publique et l'environnement.
– Chrystia Freeland, ministre canadienne du commerce (2018)

Le traité sur la Charte de l'énergie (ECT), conclu en 1994, promeut et protège les investissements internationaux dans le secteur de l'énergie. Par le passé, le TCE a fait l’objet de critiques en raison de son incidence potentielle sur la souveraineté nationale en raison du nombre élevé de recours en matière de RDIE fondés sur le TCE . En 2022, l’Allemagne et plusieurs autres pays européens se sont retirés du traité sur la Charte de l’énergie. L'Union européenne dans son ensemble s'y prépare également. 115Notification of withdrawal on 19 December 2022: https://www.energycharter.org/who-we-are/members-observers/countries/germany More information on the Energy Charter Treaty: Fabian Flues, Pia Eberhardt et Cecilia Olivet (marche 2020). Les mythes entourant le traité sur la Charte de l'énergie réfutent un guide à l'intention des médias, de la politique et de la société civile. PowerShift, Corporate Europe Observatory (CEO), Transnational Institute (TNI), Berlin, Bruxelles, Amsterdam. https://power-shift.de/wp-content/uploads/2022/02/Mythen-rund-um-den-ECT-entkraeften-web.pdf Accessed: 06.10.2023. Toutefois, cela illustre une profonde incohérence dans l’approche de l’UE en matière de droits des investisseurs. L'UE reconnaît que les dispositions relatives à la protection des investissements/les droits des investisseurs menacent l'action pour le climat, se retire du TCE préjudiciable et très critiqué, tout en ratifiant un autre accord qui prévoit exactement les mêmes droits. C'est à la fois contradictoire et dangereux.

La présence d'ICS dans l'AECG contredit fondamentalement l'affirmation selon laquelle le traité soutient l'action positive sur le changement climatique. L'ICS est une relique de l'époque avant que le monde ne prenne conscience de la nécessité d'éviter le chaos climatique. C'est beaucoup trop dangereux pour être mis en œuvre.

En bref

Le chapitre d’investissement de l’AECG présente un risque pour la transition énergétique. 116https://power-shift.de/pm-juristisches-gutachten-zeigt-ceta-bedroht-die-energiewende-trotz-nachbesserungen
– Alessandra Arcuri, Université de Rotterdam

L’ICS, une version modifiée du mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États (RDIE) de l’AECG, permet aux entreprises d’intenter des actions en dommages et intérêts contre les États lorsque les décisions politiques ont une incidence sur leurs bénéfices. Malgré l'introduction de l'ICS, il reste risqué, car de nombreux problèmes liés au RDIE pourraient continuer à se poser.

Le mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États (RDIE) accorde aux investisseurs des droits vaguement formulés sans obligations contraignantes, tout en offrant une protection limitée de l’intérêt public et un accès limité à l’arbitrage pour les parties concernées. En outre, le mécanisme permet des montants d’indemnisation potentiellement élevés, ce qui permet de transférer l’argent des contribuables aux entreprises. Cela nuit à l’état de droit et à la capacité des États à protéger l’environnement et les intérêts publics. L’ICS a une incidence négative sur l’atténuation du changement climatique, car les entreprises pourraient l’utiliser pour remettre en question les politiques qui favorisent la protection de l’environnement. En outre, l’AECG peut donner lieu à des litiges dans le secteur pétrolier et gazier impliquant des entreprises canadiennes qui investissent dans l’UE . Ces entreprises peuvent poursuivre les gouvernements en dommages et intérêts si des réglementations climatiques strictes affectent leurs activités.

La déclaration interprétative de l’AECG, qui vise à répondre aux préoccupations et à renforcer les dispositions en matière de climat, ne le fait pas suffisamment.

En outre, il existe une incohérence dans l’approche de l’UE en ce qui concerne les droits des investisseurs, étant donné qu’elle s’est retirée du traité sur la Charte de l’énergie, mais a ratifié l’AECG, qui comprend des droits similaires. L’inclusion de l’ICS dans l’AECG va à l’encontre de l’action positive en faveur du changement climatique.

recommandations

Dans un contexte de tensions mondiales croissantes et de nécessité de lutter contre le changement climatique, le lien entre le commerce et le climat est devenu une priorité essentielle pour les chercheurs, les décideurs politiques et les défenseurs de l'environnement. Les accords commerciaux tels que l’AECG sont mis à l’épreuve en raison de leur incidence potentielle sur les émissions de gaz à effet de serre et la politique environnementale. L'Union européenne, une grande La puissance commerciale, dont les objectifs climatiques ambitieux sont énoncés dans le pacte vert pour l’Europe, joue un rôle clé et dispose d’un potentiel considérable pour concevoir des pratiques commerciales plus respectueuses de l’environnement à l’échelle mondiale. Dans un premier temps, l’UE a promu l’AECG en tant qu’accord progressiste assorti d’engagements forts en matière de protection de l’environnement et de changement climatique. Toutefois, les critiques, y compris les experts, les chercheurs et les groupes de la société civile, ont exprimé de nombreuses préoccupations quant à l’incidence sur l’environnement, en particulier sur le climat.

Ces préoccupations ont été clairement étayées dans cette étude. Notre analyse détaillée suit les schémas commerciaux avant et après l’application provisoire de l’AECG en 2017 et les travaux des comités créés dans le cadre de l’accord. Notre principale conclusion est que l'AECG ne semble pas être un accord respectueux du climat. Depuis son application, le commerce de biens nuisibles au climat entre l’UE et le Canada a augmenté et l’accord ne prévoit pas de dispositions contraignantes visant à atténuer son incidence sur le réchauffement climatique.

Pour une révision de l'AECG, nous formulons les recommandations suivantes:

  1. Adoptez des règles strictes en matière de protection du climat:
    Les dispositions relatives à l’atténuation du changement climatique et à l’adaptation à celui-ci doivent être intégrées dans tous les chapitres de l’accord. L’AECG doit être subordonné aux objectifs climatiques et aux engagements internationaux visant à parvenir à zéro émission nette.
  2. Limiter ou mettre fin au commerce de produits nocifs:
    Le commerce de biens néfastes pour le climat, tels que le pétrole, le charbon, le bois, la viande et les plastiques, doit être réduit ou supprimé. L’AECG devrait contenir des règles claires visant à limiter ou à interdire le commerce de biens préjudiciables. Il devrait également inclure des mesures d’atténuation contraignantes soutenant la décarbonation des méthodes de production, complétées par des engagements en matière de transfert de technologie et de soutien financier.
  3. Démantèlement des organes antidémocratiques:
    Le pouvoir des comités de l’AECG de modifier certaines parties de l’accord après sa ratification doit être limité. Ces organismes doivent s’engager à mettre en place des processus transparents pour limiter l’influence des lobbyistes des entreprises qui entravent l’action pour le climat. Les procès-verbaux des réunions, la correspondance et les autres documents doivent être accessibles au public. Les représentants élus doivent avoir la possibilité de participer activement et de voter sur les propositions de modification du traité.
  4. Inclusion et rejet du réexamen des investissements environnementaux
    le règlement des différends entre investisseurs et États:

    L’AECG a besoin d’un mécanisme de filtrage des investissements environnementaux afin de contrôler les flux d’investissement bilatéraux en fonction de leur incidence sur le climat. Un tel mécanisme devrait être inclus, étant donné que l’industrie manufacturière à forte intensité d’émissions ainsi que l’industrie minière, pétrolière et gazière figurent parmi les principaux secteurs bénéficiant d’investissements bilatéraux dans l’UE et au Canada. En outre, le système juridictionnel des investissements – un mécanisme révisé de règlement des différends entre investisseurs et États – doit être retiré de l’AECG . Ce droit des entreprises à poursuivre les États en justice augmente de manière déraisonnable le coût d’une législation climatique stricte, voire peut empêcher l’adoption de lois et de règlements en la matière, en raison du risque de paiements excessifs d’indemnités.

Le processus de ratification en cours de l’AECG au sein de l’UE offre l’occasion d’évaluer la manière dont les accords commerciaux, en particulier ceux auxquels participent des partenaires soucieux de l’environnement, influent réellement sur les résultats en matière de climat. À cet égard, notre évaluation montre qu’en dépit de la rhétorique contraire, l’AECG ne montre que peu d’éléments indiquant qu’il a une incidence positive sur les principaux résultats en matière de climat.

Dans le même temps, des interventions politiques restent possibles, étant donné que la ratification de l’AECG n’est pas encore achevée dans de nombreux pays européens et que l’accord n’est donc pas encore pleinement entré en vigueur (voir figure 35).

Notre recommandation à ce sujet: Tant que les accords commerciaux ne soutiennent pas et ne contribuent pas à la réalisation d’objectifs climatiques ambitieux, ils ne devraient pas être ratifiés.

Carte des pays de l'UE ayant ratifié l'AECG

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