CJUE: Des accords de protection des investissements comme celui conclu entre l'Allemagne et la Russie vont à l'encontre des sanctions de l'UE
Berlin, le 17 Décembre 2025: Lors de la réunion du Conseil européen de demain, les pays de l'UE discuteront de l'utilisation des avoirs russes gelés. Mais la Belgique, en particulier, craint des milliards de plaintes devant les tribunaux arbitraux internationaux. En effet, les oligarques et les entreprises russes peuvent utiliser des accords de protection des investissements obsolètes entre les États membres de l’UE et la Russie pour intenter une action en justice parallèle contre le gel de leurs avoirs, et ils le font déjà. Au total, 62 milliards de dollars sont déjà en jeu dans les poursuites et les menaces de poursuites de la part d'investisseurs sanctionnés. Comme le montre une étude publiée la semaine dernière par PowerShift.
Résilier les accords d'investissement avec la Russie et d'autres pays
C'est pourquoi des ONG européennes, dont PowerShift, ont déposé aujourd'hui auprès de la Commission européenne des plaintes en manquement contre l'Allemagne, la France, l'Autriche et la Suède.1 Les États doivent dénoncer leurs accords d'investissement avec la Russie et d'autres pays, car ils entravent à la fois l'efficacité des sanctions et la réglementation dans l'intérêt public.2
Les plaintes déposées accentuent la pression sur les gouvernements européens, car selon des articles de presse récents, la Commission européenne a déjà demandé aux États membres de l'UE de dénoncer les accords avec la Russie.
Dès 2009, la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a constaté l'incompatibilité de ces accords avec la politique européenne en matière de sanctions et a notamment condamné: Autriche et la Suède, parce qu'elles n'ont pas éliminé cette incompatibilité. Mais jusqu'à présent, ces pays n'ont pas mis leurs accords en conformité avec le droit de l'UE.
«Depuis des décennies, les recours devant des tribunaux arbitraux opaques limitent les marges de manœuvre politiques dans les domaines du climat, de l’énergie et de la politique sociale – à présent, il s’agit également de sanctions contre les fauteurs de guerre», explique Fabian Flues de PowerShift.
«Le gouvernement fédéral a qualifié les accords allemands de protection des investissements d’«obsolètes à bien des égards». Mais la volonté politique de s'attaquer à ces déchets toxiques fait défaut. Compte tenu de l'augmentation massive des plaintes contre les sanctions, il n'y a pas de temps à perdre. Les accords doivent être dénoncés dans les meilleurs délais.»
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- Concrètement, PowerShift contre l’Allemagne, Attac contre l’Autriche, le Veblen Institute contre la France et Jordens Vänner/Friends of the Earth contre la Suède déposent des plaintes auprès de la Commission européenne au titre de l’article 258 TFUE. La Commission devrait inviter les États membres à éliminer les incompatibilités de leurs accords d’investissement avec le droit de l’Union. Le moyen le plus simple d'y parvenir serait de résilier ces contrats. La procédure pourrait avoir une incidence sur tous les accords d’investissement des États membres de l’UE, étant donné qu’ils présentent des caractéristiques similaires.
- Dans les arrêts Achmea (2018) et Komstroy En 2021, la CJUE a jugé que les mécanismes de RDIE au sein de l’Union étaient incompatibles avec les principes d’autonomie de l’ordre juridique de l’Union et de confiance mutuelle entre les États membres. Dans son avis 1/17 de 2019 sur l’AECG, la CJUE a confirmé que le RDIE n’est compatible en dehors de l’Union que s’il ne porte pas atteinte à l’autonomie de l’ordre juridique de l’Union. Dans le même avis, la Cour a précisé qu’un accord contenant un RDIE aurait un tel effet négatif si les tribunaux arbitraux institués dans le cadre de cet accord:
• interpréter ou appliquer les dispositions du droit de l'Union; ou
• prendre des décisions qui empêchent les institutions de l’Union d’agir dans le cadre constitutionnel de l’Union (par exemple, en constatant qu’une mesure d’intérêt public conforme aux règles de l’Union constitue un traitement inéquitable des investisseurs).
Qu'est-ce que l'arbitrage d'investissement (ISDS)?
De nombreux traités bilatéraux d'investissement (TBI) contiennent des clauses de règlement des différends entre investisseurs et États (RDIE). Celles-ci donnent aux entreprises étrangères le droit de contourner les tribunaux nationaux. Ils peuvent poursuivre les États devant des tribunaux d’arbitrage privés et réclamer d’énormes compensations financières lorsque les gouvernements adoptent de nouvelles règles susceptibles de réduire leurs bénéfices attendus, même si ces règles servent l’intérêt public.
Si vous avez des questions, n'hésitez pas à contacter:
Fabian Flues, responsable de la politique commerciale et d'investissement chez PowerShift: fabian.flues@power-shift.de, +49 (0)30 308 821 92








